
Il fallait bien que cela arrive. Après des années à promettre que l’électrification serait un outil et non une religion, Ferrari dévoile enfin sa première 100 % électrique. Et elle ne s’appellera pas Elettrica. Ce sera Luce. Lumière, en italien. Un nom presque poétique pour une auto qui, sur le papier, tutoie déjà les éclairs.
La présentation n’a pas eu lieu à Maranello mais à San Francisco, dans l’antre du collectif LoveFrom, fondé par Jony Ive, l’ancien designer star d’Apple. Un détail loin d’être anodin. Ferrari assume un virage culturel autant que technologique. La Luce ne se contente pas d’abandonner le V8 ou le V12 : elle redéfinit le langage même de la marque.
Une Ferrari à quatre moteurs, plus de 1 000 ch
Techniquement, la Luce ne fait pas dans la demi-mesure. Quatre moteurs électriques synchrones à aimants permanents, un par roue. Transmission intégrale, roues arrière directrices. Puissance cumulée annoncée : plus de 1 000 ch en mode Boost. Le 0 à 100 km/h serait abattu en 2,5 secondes et la vitesse maximale culminerait à 310 km/h.
On est loin d’un simple SUV électrifié à la hâte. Ferrari parle d’une grande GT quatre places, sorte de berline haute perchée qui viendrait se positionner comme une alternative électrique au Purosangue. Une Ferrari familiale, oui, mais survoltée.
La batterie affiche 122 kWh et accepterait jusqu’à 350 kW en recharge rapide. L’autonomie annoncée atteint 530 km WLTP. Sur ce point, la Luce se place face à des références comme la Porsche Taycan Turbo GT ou la Tesla Model S Plaid, tout en promettant un positionnement plus exclusif – et très probablement bien plus onéreux. On peut sans trop se tromper imaginer un ticket d’entrée flirtant avec les 500 000 €, voire davantage selon les personnalisations.

Une nouvelle plateforme dédiée
Contrairement à certains concurrents qui adaptent des bases existantes, Ferrari a développé une plateforme spécifique pour sa première électrique. Un choix stratégique. Cela permet d’optimiser la répartition des masses, d’abaisser le centre de gravité et de préserver un comportement digne du blason.
Reste la question que tout le monde se pose : une Ferrari électrique peut-elle procurer des émotions comparables à celles d’un V12 atmosphérique ? La marque assure avoir travaillé le ressenti, la réponse à l’accélérateur, la gestion du couple roue par roue. On peut parier qu’un soin particulier a été apporté à la bande-son artificielle, même si Ferrari reste discret sur ce point. Porsche et Lamborghini ont déjà montré qu’il était possible de créer une signature sonore crédible sans cylindres.
Un habitacle entre artisanat et Silicon Valley
C’est à l’intérieur que la rupture est la plus visible. La Luce adopte un habitacle épuré, dominé par les écrans. Presque toutes les commandes physiques disparaissent. Une approche minimaliste qui rappelle davantage Cupertino que Modène.
Et pourtant, Ferrari glisse des clins d’œil à son passé. Le volant s’inspire du mythique Nardi en bois des années 50 et 60, mais il est réalisé en aluminium recyclé. Le Manettino est toujours là, tout comme une molette dédiée à la gestion de la chaîne électrique. Les commandes ont été validées par les pilotes d’essai maison, et leur disposition évoque clairement l’univers de la Formule 1.
Derrière le volant, le combiné numérique se déplace avec la colonne de direction. Deux écrans OLED superposés, graphismes rétro, lisibilité travaillée. L’écran central, orientable vers le conducteur ou le passager, intègre un “multigraph” à trois aiguilles en aluminium, clin d’œil aux chronographes Ferrari. On y retrouve une horloge, un chronographe, une boussole ou encore un affichage dédié au launch control.
La console centrale accueille un joystick en verre pour la transmission. Oui, en verre. Ferrari insiste sur les procédés de fabrication inédits pour garantir solidité et précision. Même la clé participe au cérémonial : insérée dans son logement, elle déclenche une séquence lumineuse où les écrans s’animent progressivement. Théâtral ? Absolument. Mais Ferrari n’a jamais vendu que de la rationalité.

Une Ferrari électrique, mais toujours une Ferrari ?
La Luce sera dévoilée intégralement en mai 2026. En attendant, elle cristallise déjà les débats. Certains y verront une trahison, d’autres une évolution logique. Ferrari rappelle que l’électrification représente désormais une part significative de ses ventes via les modèles hybrides comme la SF90 ou la 296 GTB. La transition était amorcée.
Ferrari n’abandonne pas le thermique pour autant. Les V12 ont encore de beaux jours devant eux à Maranello. Mais avec la Luce, la marque montre qu’elle entend écrire le prochain chapitre à sa façon. Sans renier son passé, mais sans en être prisonnière. La clientèle va-t-elle se laisser séduire ?
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