
On croyait le sort scellé. Chez Stellantis, le moteur essence français PureTech semblait installé pour longtemps au cœur des citadines et compactes du groupe, de Peugeot à Opel en passant par Alfa Romeo. Et voilà que le FireFly, bloc d’origine Fiat lancé en 2016, revient sur le devant de la scène. Pas pour un baroud d’honneur, mais pour une mise aux normes Euro 7 et une carrière annoncée au-delà de 2030.
Le symbole est fort. L’usine de Termoli, un temps promise à une reconversion en gigafactory de batteries, redevient un bastion du thermique. Dans un contexte où l’électrique patine et où les projections optimistes se heurtent à la réalité des carnets de commandes, Stellantis opère un spectaculaire changement de cap. Sous l’impulsion d’Antonio Filosa, le groupe affiche désormais une neutralité technologique assumée. Traduction : on suit le marché, pas les slogans.
FireFly contre PureTech : duel technique et réputationnel
Le FireFly n’est pas un inconnu. Ce trois ou quatre cylindres modulaire (500 cm3 par cylindre) a déjà fait ses preuves, notamment au Brésil, où il fonctionne avec des taux élevés d’éthanol. Sa distribution par chaîne et son architecture relativement simple lui ont forgé une réputation de robustesse. Il embarque aussi la technologie MultiAir de troisième génération, un système électrohydraulique de gestion des soupapes permettant d’optimiser finement la combustion.
En face, le PureTech (EB2) a longtemps été le cheval de bataille du groupe PSA avant la fusion. Monté massivement sur des modèles comme la Peugeot 208, la Peugeot 308 ou encore l’Opel Corsa, il a souffert d’une image écornée par des soucis de courroie humide sur ses premières versions. Certes, la troisième génération est passée à la chaîne de distribution, mais la confiance des clients ne se restaure pas d’un claquement de doigts.
Le problème n’est plus seulement technique, il est psychologique. Les coûts de garantie ont explosé, dépassant 4 milliards d’euros l’an dernier. Dans un marché européen en contraction, chaque retour en atelier pèse lourd.
26 milliards de dollars et un reset stratégique
Le contexte financier explique aussi ce basculement. Stellantis a enregistré en 2025 une dépréciation d’actifs de près de 26 milliards de dollars, liée en grande partie à une surestimation de la demande en véhicules électriques. L’électrique progresse, mais pas au rythme anticipé. Les clients restent sensibles au prix, à l’autonomie réelle et à l’infrastructure de recharge.
Relancer le FireFly, le moderniser pour Euro 7 et l’utiliser comme base pour des hybridations plus poussées constitue une réponse pragmatique. L’idée est claire : partir d’un bloc fiable, amorti industriellement, et l’associer à des systèmes hybrides capables de rivaliser avec les références japonaises comme la Toyota Corolla. On parle ici d’aller au-delà de la micro-hybridation 48 volts pour viser de véritables hybrides complets.
Une décision lourde de conséquences internes
Ce choix n’est pas neutre politiquement. Il redonne du poids à l’ingénierie italienne et sécurise Termoli, mais il inquiète forcément Douvrin, berceau du moteur français. Maintenir deux familles de moteurs essence dans un marché européen en baisse paraît difficilement soutenable à long terme. À terme, un arbitrage plus brutal pourrait s’imposer.
Pour les concessionnaires, en revanche, le message est plus rassurant. Miser sur un moteur perçu comme robuste, simple et éprouvé peut contribuer à regagner la confiance d’une clientèle échaudée. Dans un contexte où les marques chinoises montent en puissance et où l’électrique redistribue les cartes, la fiabilité redevient un argument central.
La fin du règne du PureTech ?
Parler de fin immédiate serait excessif. Le PureTech continuera d’équiper de nombreux modèles encore plusieurs années. Mais le signal est clair : il n’est plus l’unique pilier thermique du groupe. Stellantis accepte désormais l’idée que la transition ne sera ni linéaire ni uniforme.
En ressuscitant le FireFly, le groupe envoie un message pragmatique : le moteur thermique n’a pas dit son dernier mot, surtout lorsqu’il est associé à l’hybridation. L’époque des certitudes idéologiques semble révolue. Place à l’adaptation, quitte à revoir ses copies. Pour un géant industriel comme Stellantis, c’est tout sauf anodin.
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