Un modèle de SUV tous les 15 cm, on en parle ?

Le nouveau Volkswagen T-Roc
Le nouveau Volkswagen T-Roc

C’est devenu un running gag dans l’industrie : les constructeurs qui déclinent un SUV tous les 15 centimètres. À croire que chaque espace entre deux modèles doit être comblé, quitte à brouiller les repères du client. On avait déjà l’impression que les gammes étaient pleines à craquer, mais certains se disent qu’il reste encore de la place entre un compact et un SUV familial. Alors on invente un « coupé » surélevé, un crossover pas trop haut, ou un modèle qui n’est ni vraiment urbain ni vraiment routier. Résultat : une multiplication de clones aux gabarits si proches qu’on en vient à se demander si ce n’est pas du remplissage pur et simple.

Occuper l’espace

La logique est claire : chaque segment est censé séduire une clientèle précise. Un SUV de 4,15 m pour la ville, un autre de 4,30 m pour la petite famille, puis un de 4,45 m pour ceux qui veulent « un peu plus d’espace ». Mais dans les faits, les différences sont minimes. Le coffre gagne parfois 20 litres, la banquette arrière deux centimètres de plus pour les genoux. Et pour ça, on vous facture plusieurs milliers d’euros de supplément. Le marketing, lui, s’en félicite : plus de références, c’est plus de chances de capter un client hésitant.

Le problème, c’est que cette boulimie dilue les gammes. Quand un constructeur propose six SUV entre 4 et 4,70 m, lequel choisir ? Le client finit par s’y perdre. À l’inverse, certains rivaux assument une offre resserrée mais claire. Regardez Tesla : trois modèles, chacun avec une identité forte. Pas besoin de sortir un SUV tous les quarts d’heure pour séduire. Et du côté des premiums allemands, la prolifération atteint parfois le comique : Q2, Q3, Q3 Sportback, Q4 e-tron, Q5, Q5 Sportback… Si vous parvenez à expliquer la différence en moins de deux phrases, bravo.

Trop de SUV tuent le SUV ?

Ce saucissonnage pose aussi une autre question : est-ce que la saturation ne finit pas par lasser ? À force de proposer des SUV trop proches, le risque est grand que le client se détourne, ou pire, qu’il attende toujours « le bon modèle » plutôt que de signer. C’est une fuite en avant : on occupe le terrain, on verrouille les niches, mais on banalise l’objet SUV. Là où il y avait un effet d’aspiration – rouler plus haut, plus costaud – on a désormais un produit standardisé, décliné à l’infini, qui perd de sa singularité.

Au fond, ce trop-plein est révélateur d’un malaise : la peur du vide stratégique. Plutôt que d’assumer des choix clairs, on se disperse. Mais à long terme, ce sont les marques qui sauront simplifier l’offre et redonner une lisibilité à leurs gammes qui tireront leur épingle du jeu. Car le vrai luxe, demain, ce ne sera peut-être pas d’avoir dix SUV au catalogue, mais un seul modèle bien pensé, capable de convaincre sans besoin de voisin à 15 cm près.

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Arnaud Martin

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