
Chez Ferrari, le mot excès n’a jamais vraiment eu de connotation négative. Mais avec cette 12Cilindri Tailor Made, Maranello pousse le curseur dans une zone rarement explorée, même pour la marque au cheval cabré. Plus qu’une simple démonstration de personnalisation, ce one-off ressemble à un manifeste esthétique, presque culturel, qui mélange grand tourisme à l’italienne, influences asiatiques assumées et provocations stylistiques. Une Ferrari pensée comme une œuvre, pas forcément comme une voiture désirable pour tous, mais clairement comme un objet de fascination.
Une base déjà iconique, choisie à dessein
La Ferrari 12Cilindri n’est pas n’importe quel support pour ce délire créatif. Héritière spirituelle des 250 GT et surtout de la Daytona, elle incarne aujourd’hui le sommet du grand tourisme chez Ferrari, à l’heure où la gamme s’électrifie et se diversifie. V12 atmosphérique à l’avant, proportions longues et élégantes, positionnement statutaire, la 12Cilindri est déjà un manifeste à elle seule. C’est précisément ce statut de porte-étendard qui en fait une cible idéale pour le programme Tailor Made, la division la plus exclusive de Ferrari, réservée aux clients prêts à repousser toutes les limites, y compris celles du bon goût traditionnel.
Une peinture qui bouscule les codes de Maranello
Premier choc visuel, la teinte dite Yoonseul. Une peinture transitionnelle, changeante selon la lumière, qui évoque autant certaines créations britanniques radicales que des références bien plus lointaines de la culture coréenne. Ferrari évoque la céramique céladon et la K-pop, un grand écart culturel qui résume assez bien l’intention derrière ce projet. Le capot reçoit en prime une décoration graphique directement inspirée de la sonorité du V12, traduite visuellement par le collectif musical Graycode. L’idée n’est pas neuve dans l’art contemporain, mais la voir appliquée à une Ferrari de série, fût-elle unique, reste déroutante. On est loin des traditionnels Rosso Corsa ou Argento métallisé, et c’est clairement assumé.

Un habitacle qui ose le symbole jusqu’au bout
À l’intérieur, Ferrari abandonne toute retenue. Le cheval cabré n’est plus seulement un logo, il devient une matière. Du crin de cheval mongol est tissé dans les sièges, les moquettes, le tableau de bord et plusieurs surfaces textiles. Une première absolue pour une Ferrari homologuée route. Le symbole est fort, presque trop évident, mais techniquement impressionnant. Ce type de fibre naturelle est rarement utilisé dans l’automobile moderne, encore moins à ce niveau de finition. À cela s’ajoutent des choix chromatiques inattendus, comme des étriers de frein peints en blanc et des palettes de changement de vitesse assorties. Là encore, Ferrari sait pertinemment que ce genre de détail divisera. Mais dans l’univers Tailor Made, la validation passe avant tout par le client, pas par l’histoire.

Le V12 reste intouchable, et c’est peut-être l’essentiel
Heureusement pour les puristes, Ferrari n’a pas touché à l’essentiel. Le V12 atmosphérique de 6,5 litres est strictement identique à celui de la 12Cilindri standard. 819 chevaux, une zone rouge perchée très haut et des performances toujours aussi indécentes pour un grand tourisme à moteur avant. Le 0 à 100 km/h est expédié en moins de trois secondes et la vitesse de pointe dépasse largement les 340 km/h. Dans un monde où même Lamborghini et Aston Martin commencent à électrifier leurs moteurs nobles, Ferrari continue de sanctuariser son V12, au moins pour ses modèles les plus symboliques.

Une pièce unique, mais pour quel collectionneur ?
Reste la question qui fâche. À qui s’adresse réellement cette Ferrari Tailor Made 12Cilindri ? Son prix, évidemment non communiqué, dépasse très largement celui de la version standard déjà facturée plus de 390 000 euros sur certains marchés européens. Mais au-delà du chèque, c’est surtout l’audace esthétique qui pourrait limiter le cercle des acheteurs potentiels. Là où certaines Ferrari Tailor Made jouent la carte du luxe discret, celle-ci revendique une identité clivante, presque militante. À l’heure où les collectionneurs investissent massivement dans des modèles néo-rétro ou des séries limitées plus consensuelles, ce one-off pourrait bien rester une vitrine plus qu’un objet de transaction.
Conclusion
La Ferrari 12Cilindri Tailor Made n’est pas là pour plaire à tout le monde, et c’est précisément ce qui la rend intéressante. Elle montre jusqu’où Ferrari est prêt à aller pour satisfaire un client et affirmer que le luxe automobile peut encore surprendre. Entre œuvre d’art roulante et exercice de style extrême, elle interroge autant qu’elle fascine. Une Ferrari qui divise, donc une Ferrari fidèle à son époque.





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