
Pendant que Ferrari explique au monde entier que l’avenir passera par l’électrification, les batteries et les architectures hybrides sophistiquées, Maranello continue discrètement de fabriquer les voitures que ses clients les plus riches réclament vraiment. Et cette nouvelle HC25 raconte précisément ça.
Officiellement, il s’agit d’un “one-off” conçu par le département Special Projects. Officieusement, cette voiture ressemble surtout à une déclaration d’amour à une époque Ferrari que beaucoup considèrent déjà terminée. Celle des V8 centraux arrière simples, violents, bruyants et presque excessivement physiques. Une Ferrari qui n’essaie pas d’être vertueuse. Dit comme ça, ça paraît presque absurde en 2026.
Car sous cette carrosserie spectaculaire inspirée de la future Ferrari F80, on ne trouve ni V6 hybride ni moteur électrique. Ferrari est allé rechercher l’ancienne base de la F8 Spider. Et c’est précisément là que cette HC25 devient fascinante.
Ferrari retourne vers la F8 plutôt que vers la 296
À première vue, ça pourrait sembler illogique. La Ferrari 296 GTS est plus récente, plus performante et technologiquement plus avancée. Mais Ferrari sait parfaitement ce que représente encore la F8 dans l’imaginaire des passionnés.
La F8, c’était un peu le dernier chapitre d’une dynastie commencée avec la 458 Italia. La dernière Ferrari V8 “classique” avant le grand basculement vers l’hybridation massive. Et surtout, une voiture encore relativement compacte, nerveuse et brutalement expressive à une époque où les supercars deviennent de plus en plus complexes.
Sous le capot arrière de la HC25, on retrouve donc le V8 3,9 litres biturbo de 710 ch, capable de grimper à 8 000 tr/min et d’envoyer toute sa puissance aux roues arrière. Pas d’assistance électrique pour masquer les réactions. Pas de silence artificiel. Pas de gestion énergétique compliquée. Seulement un énorme moteur thermique placé juste derrière les occupants.
Le problème pour Ferrari, c’est que cette recette continue d’être incroyablement séduisante. Peut-être même plus que les nouvelles générations hybrides.
Sur le papier, une 296 GTS est objectivement supérieure. Dans la réalité, une partie des clients continue de fantasmer sur ces Ferrari “d’avant”, moins filtrées et moins démonstratives technologiquement. La HC25 existe précisément pour eux.

Une carrosserie presque sculptée autour du moteur
Visuellement, cette Ferrari est très différente des créations Special Projects parfois trop extravagantes des années précédentes. Ici, Flavio Manzoni semble avoir cherché quelque chose de plus fluide, presque plus sensuel.
La ligne de vitrage extrêmement basse écrase visuellement l’habitacle et donne l’impression que toute la voiture s’enroule autour du groupe motopropulseur arrière. Les énormes épaules arrière attirent immédiatement le regard, un peu comme sur certaines Ferrari des années 1970, mais avec une lecture beaucoup plus futuriste.
Le bandeau noir latéral mérite aussi qu’on s’y attarde. Ferrari explique qu’il intègre plusieurs éléments aérodynamiques et les prises d’air, mais son rôle est surtout visuel : étirer la silhouette et créer une impression de mouvement permanent. Une astuce de designer très italienne, presque théâtrale.
Même les phares ont été spécifiquement développés pour cette voiture. Ferrari évoque une nouvelle technologie permettant d’utiliser des modules beaucoup plus fins, accompagnés d’une signature lumineuse en boomerang inédite pour la marque.
Et honnêtement, ça fonctionne. Là où certaines Ferrari récentes deviennent presque agressivement techniques dans leur dessin, cette HC25 retrouve quelque chose de plus organique. Presque une Ferrari “à regarder” avant d’être une Ferrari à chronométrer.

L’habitacle évite enfin le cliché Ferrari moderne
L’intérieur est peut-être le détail le plus inattendu de cette HC25. Parce que Ferrari commence sérieusement à tourner en rond avec ses habitacles ultra chargés en carbone et en Alcantara noir.
Ici, l’ambiance est différente. Les sièges utilisent un tissu technique gris traversé par des motifs jaunes inspirés du dessin des feux avant. Ça paraît secondaire, mais ce choix change complètement l’atmosphère de l’auto.
Depuis quelques années, même le luxe automobile semble prisonnier des mêmes codes Instagram : carbone apparent, surpiqûres rouges, ambiance “course”. Ferrari commence visiblement à comprendre qu’une partie de sa clientèle cherche désormais autre chose. Un raffinement plus discret. Plus design. Moins démonstratif.
Et c’est assez ironique : cette Ferrari supposée nostalgique paraît finalement plus fraîche que certaines productions récentes de série.

Ferrari fabrique désormais des œuvres plus que des voitures
Le programme Special Projects existe depuis 2008, mais son rôle a profondément changé. Au départ, Ferrari produisait surtout des caprices de milliardaires. Aujourd’hui, ces créations servent aussi à maintenir une forme d’aura artisanale autour de la marque.
Parce qu’au fond, Ferrari fait face au même problème que toutes les marques de prestige : les réglementations et les plateformes communes rendent progressivement les voitures plus homogènes. Même les hypercars finissent par partager les mêmes obsessions aérodynamiques et les mêmes architectures électrifiées.
Alors Ferrari déplace l’exclusivité ailleurs. Dans l’histoire racontée autour de l’objet. Dans la personnalisation. Dans le temps de développement. Dans l’idée qu’un client peut encore influencer la création d’une voiture unique pendant près de deux ans.
La HC25 illustre parfaitement cette stratégie. Ce n’est pas seulement une Ferrari rare. C’est une Ferrari qui semble déjà regarder dans le rétroviseur avec une certaine nostalgie mécanique. Difficile de ne pas craquer, avouez ?









