
Il y avait quelque chose d’assez étrange dans la stratégie récente de Honda. Une marque qui semblait enfin prête à revenir sérieusement dans la conversation autour de la voiture électrique… puis qui coupe presque tout avant même le début.
La fameuse gamme “0 Series”, dévoilée avec beaucoup de mise en scène au CES de Las Vegas, devait symboliser une renaissance technologique. Des lignes très futuristes, une architecture pensée pour le logiciel, un discours presque californien dans la manière de parler mobilité. Et maintenant ? Les deux modèles principaux, la berline et le SUV électriques, disparaissent du programme américain avant même leur lancement. À la place, Honda montre deux nouveaux prototypes hybrides. Un SUV siglé Acura, sa division premium vendue aux Etats-Unis, et une berline fastback frappée du H.
On retrouve des traces de la 0 Series… mais plus du tout l’idée de départ
Le plus frappant avec cette nouvelle grande berline hybride dévoilée par Honda, c’est qu’elle ressemble encore à un projet électrique. Le profil est très lisse, très étiré, presque fastback. On est loin d’une Accord classique ou d’une grande routière japonaise traditionnelle.
Quelque part, Honda recycle visiblement une partie du travail réalisé pour les modèles électriques abandonnés.
Le constructeur parle d’une toute nouvelle plateforme hybride destinée avant tout aux modèles du segment D et au marché américain. Donc des véhicules plus gros, plus rentables, plus compatibles avec les habitudes locales. La marque prévoit aussi une transmission intégrale électrique via un second moteur arrière, un système qui rappelle ce que font déjà plusieurs hybrides haut de gamme chez Toyota ou Lexus.
Sauf qu’ici, Honda semble vouloir pousser plus loin la dimension logicielle.
Le futur système d’exploitation Asimo survivra lui aussi à la disparition de la 0 Series. Et honnêtement, c’était probablement nécessaire. Les interfaces Honda actuelles commençaient sérieusement à dater face aux systèmes proposés par Hyundai, Kia ou même Renault avec Google intégré.
Pendant longtemps, Honda donnait l’impression de produire d’excellentes bases mécaniques avec une couche numérique presque secondaire.
Le problème, c’est qu’en 2026, ça ne suffit plus vraiment.

Une décision moins absurde qu’elle en a l’air
Vu d’Europe, abandonner des modèles électriques juste avant leur lancement peut sembler complètement contre-intuitif. Surtout avec les réglementations qui continuent de se durcir.
Mais aux États-Unis, la situation devient beaucoup plus compliquée pour les constructeurs. Les ventes de véhicules électriques progressent moins vite qu’espéré. Les coûts industriels restent élevés. Et surtout, les clients américains continuent d’acheter massivement des SUV thermiques ou hybrides.
Honda lit simplement le marché.
C’est moins spectaculaire qu’une révolution électrique totale, mais probablement beaucoup plus rentable à court terme. Toyota applique cette logique depuis vingt ans et continue d’afficher des résultats impressionnants pendant que certains concurrents réajustent leurs ambitions dans l’urgence.
Honda semble désormais suivre exactement cette voie : avancer sans précipitation, quitte à paraître en retard.
Le plus intéressant, c’est que cette nouvelle offensive hybride ne concernera pas seulement les gros modèles américains. Les futures générations des Honda Civic, Honda HR-V et Honda CR-V recevront elles aussi de nouvelles chaînes hybrides dans les prochaines années.
Et là, pour l’Europe, ça devient beaucoup plus concret.

En Europe, Honda continue… mais avec une gamme de plus en plus étroite
Il reste quand même une vraie question derrière cette réorganisation : Honda croit-il encore réellement à l’électrique sur notre marché ?
Parce qu’en dehors de la future petite citadine “Super-N EV”, la marque ne prévoit quasiment rien à court terme pour l’Europe. Et même le petit SUV “Alpha” issu de la 0 Series n’est toujours pas confirmé chez nous.
C’est assez paradoxal quand on voit des marques chinoises débarquer avec des gammes électriques entières pendant que Honda réduit la voilure.
Le constructeur japonais semble considérer l’hybride comme une zone de sécurité. Une manière d’attendre que le marché se stabilise avant de revenir plus franchement dans le jeu électrique. Sauf qu’entre-temps, la concurrence avance vite.
Même des constructeurs historiquement prudents comme Mazda ou Subaru accélèrent progressivement leurs projets BEV. Honda, lui, donne presque l’impression de vouloir gagner du temps. Ce qui n’est pas forcément une erreur d’ailleurs.
Le vrai risque pour Honda n’est peut-être pas celui qu’on croit
Ce revirement raconte surtout quelque chose d’assez révélateur sur l’état actuel de l’industrie automobile mondiale. Il y a deux ans, quasiment toutes les marques parlaient d’un futur 100 % électrique comme d’une évidence absolue. Aujourd’hui, beaucoup réintroduisent discrètement des hybrides dans leurs plans industriels.
Les prix de l’énergie deviennent imprévisibles. Les tensions géopolitiques compliquent l’approvisionnement des batteries. Et les consommateurs commencent à regarder davantage leur portefeuille que les promesses technologiques.
Reste à savoir si la marque ne coupe pas son programme électrique juste avant le moment où il aurait finalement commencé à devenir pertinent. Parce qu’avec un pétrole instable et des réglementations toujours plus strictes, le marché peut aussi basculer beaucoup plus vite que prévu.






