
C’est probablement l’une des annonces les plus étonnantes de l’année. Pas parce que Ferrari remet une boîte manuelle au catalogue. Justement parce que ce n’est pas vraiment le cas.
Avec la nouvelle Ferrari 12Cilindri Manuale, la marque de Maranello joue un drôle de jeu. Elle redonne au conducteur un levier de vitesses, une grille métallique à six rapports et une pédale d’embrayage… mais tout cela n’est relié à rien. Ou presque. Le moteur reste le même. La boîte aussi.
Ce qui change, c’est la manière d’interagir avec la voiture.
Une boîte manuelle… pilotée par l’électronique
Depuis des années, les amateurs de Ferrari réclament le retour d’une véritable boîte mécanique. Depuis la disparition de la Ferrari 599 GTB Fiorano à transmission manuelle au début des années 2010, la marque n’a cessé d’expliquer que la demande était devenue trop faible pour justifier son développement.
Cette fois, Ferrari contourne le problème. La 12Cilindri Manuale conserve exactement la même boîte à double embrayage à huit rapports que la version classique. Les deux derniers rapports restent même exclusivement réservés au mode automatique. Mais entre les sièges apparaît une grille métallique ouverte, comme au temps des grandes Ferrari des années 1960 et 1970, avec un levier qu’il faut guider d’un rapport à l’autre.
À gauche, une pédale d’embrayage fait également son apparition. Sauf qu’aucun de ces deux éléments n’agit mécaniquement sur la transmission. Des capteurs électroniques interprètent les mouvements du conducteur avant de demander à la boîte robotisée d’exécuter le changement de vitesse.
L’idée peut sembler artificielle. Ferrari est pourtant allée très loin dans la simulation.

Même les erreurs sont autorisées
Le plus surprenant n’est pas le levier lui-même. Les ingénieurs ont volontairement reproduit les défauts d’une vraie boîte mécanique. Le moteur peut caler. Un passage de rapport trop maladroit peut être raté. La pédale possède un point de patinage artificiel. Il n’y a même pas de fonction de double débrayage automatique pour faciliter les rétrogradages.
À l’inverse, un verrouillage électronique empêche de sélectionner un rapport qui enverrait le V12 au-delà de sa zone de sécurité. Autrement dit, Ferrari cherche moins à reproduire une transmission manuelle qu’à recréer les sensations qu’elle procurait.

Le V12 reste intact
Sous le long capot, rien ne change : le V12 atmosphérique de 6,5 litres développe toujours 818 ch et grimpe jusqu’à 9 500 tr/min, une plage de régime devenue presque anachronique à l’heure où les moteurs turbocompressés dominent le marché.
Les performances restent identiques : 0 à 100 km/h en 3 secondes et une vitesse maximale de 340 km/h.
Ferrari n’a donc pas cherché à rendre la voiture plus rapide. L’objectif est ailleurs. Faire participer davantage le conducteur.
À une époque où la plupart des supercars deviennent incroyablement efficaces mais parfois un peu lisses, l’idée n’est pas dénuée de sens.

Une nostalgie qui coûte cher
Cette version Manuale sera produite à 1 499 exemplaires via le programme de personnalisation Tailor Made.
Elle reçoit quelques détails spécifiques : un monogramme « Manuale » gravé au laser sur les ailes avant, de nouvelles jantes forgées à cinq branches et de fines bandes décoratives inspirées de la mythique Ferrari 365 GTB/4 Daytona, dont la 12Cilindri revendique déjà l’héritage stylistique.
Le supplément demandé est, lui aussi, très exclusif.
Ferrari réclamerait près de 190 000 euros uniquement pour cette transformation. Une somme qui ne finance ni un nouveau moteur, ni une véritable boîte mécanique développée spécialement pour le modèle, mais essentiellement un système électronique capable d’imiter ce qui existait autrefois naturellement. C’est là que le débat commence…

Ferrari prépare peut-être déjà l’après
On pourrait sourire devant cette boîte manuelle… qui n’en est pas une. Pourtant, l’exercice raconte peut-être quelque chose de plus profond.
Les constructeurs savent que la disparition progressive des moteurs thermiques entraînera aussi celle de nombreux plaisirs de conduite auxquels les passionnés restent attachés. Simuler une boîte manuelle sur une transmission pilotée paraît aujourd’hui presque paradoxal. Demain, ce principe pourrait très bien être transposé aux voitures électriques.
D’ailleurs, Ferrari n’est pas seule à explorer cette piste. Hyundai l’a déjà fait sur la Hyundai Ioniq 5 N avec un système reproduisant changements de rapports et montées en régime virtuelles. Toyota travaille également sur une transmission simulée pour ses futurs modèles électriques.
La différence, c’est que Ferrari applique cette idée à un V12 atmosphérique bien réel. Un moteur qui n’avait probablement pas besoin d’artifices pour procurer des émotions. C’est peut-être ce paradoxe qui rend cette 12Cilindri Manuale aussi fascinante… et déjà si controversée.









