La Chine veut interdire les poignées de portes escamotables façon Tesla dès 2027

Xpeng G7
Xpeng G7

La Chine n’a pas souvent besoin de frapper fort pour être entendue par l’industrie automobile mondiale. Mais lorsqu’elle décide d’interdire un élément devenu quasi banal sur les voitures modernes, le signal est clair. À partir du 1er janvier 2027, les poignées de portes escamotables ou affleurantes, popularisées par Tesla puis reprises par une large partie du marché, seront tout simplement bannies sur les véhicules neufs vendus en Chine. En cause : des craintes sérieuses liées à la sécurité, et des accidents mortels qui ont fini par faire basculer le débat.

Des poignées design, mais pas toujours fonctionnelles quand ça compte

Sur le papier, ces poignées affleurantes cochent toutes les cases de la modernité. Elles affinent les lignes, améliorent l’aérodynamique et participent à ces quelques kilomètres d’autonomie supplémentaires que les constructeurs électriques chassent avec acharnement. Dans la réalité, leur dépendance à l’électronique pose un problème simple : que se passe-t-il quand tout s’éteint ?

C’est précisément ce scénario que redoutent les autorités chinoises. Plusieurs cas récents ont montré qu’après un choc violent, une panne électrique pouvait rendre les poignées inopérantes, empêchant les occupants de sortir ou les secours d’entrer. Tesla est directement concerné : aux États-Unis, la NHTSA a documenté au moins quinze décès dans des véhicules de la marque où les portes n’ont pas pu être ouvertes après un accident. En Chine, Xiaomi s’est retrouvé sous le feu des critiques en 2025 après la mort d’un conducteur, piégé dans son SU7.

Une décision réglementaire fondée sur une enquête de fond

Contrairement à certaines annonces spectaculaires mais peu étayées, Pékin a pris le temps. Le ministère chinois de l’Industrie et des Technologies de l’information a analysé plus de 230 modèles équipés de poignées électriques ou affleurantes. À l’issue de cette étude et d’une consultation publique, la décision est tombée : les véhicules de moins de 3,5 tonnes devront obligatoirement disposer de poignées intérieures et extérieures mécaniques, avec une fonction d’ouverture d’urgence indépendante de toute alimentation électrique.

Le texte est précis, presque chirurgical. Au moins une poignée intérieure doit être identifiable sans ambiguïté par les occupants. À l’extérieur, même si un système électrique subsiste, un mécanisme mécanique doit rester accessible, avec un espace suffisant pour la main et une implantation à moins de 30 centimètres du bord de la porte. Autrement dit : fini les solutions invisibles, dissimulées ou contre-intuitives.

Les poignées escamotables sur une Xpeng
Les poignées escamotables sur une Xpeng

Un impact qui dépasse largement le marché chinois

La Chine n’est pas un marché comme les autres. C’est le premier au monde, et celui qui conditionne désormais l’architecture de nombreux modèles globaux. Concevoir deux versions d’un même véhicule, l’une pour la Chine, l’autre pour le reste du monde, a un coût que beaucoup de constructeurs hésiteront à assumer. Il y a donc fort à parier que cette réglementation chinoise déborde rapidement de ses frontières.

Tesla, Mercedes, Porsche, DS, mais aussi une large partie des marques chinoises elles-mêmes, ont largement adopté ces poignées pour leurs modèles électriques récents. Elles sont devenues un symbole de modernité, presque un passage obligé sur une fiche technique. Leur remise en question pose une vraie question de fond : jusqu’où peut-on aller dans la dématérialisation des fonctions essentielles d’une voiture ?

Un calendrier qui laisse peu de place à l’improvisation

L’interdiction s’appliquera aux nouveaux modèles à partir de 2027. Les véhicules déjà en production bénéficieront d’un délai supplémentaire de 25 mois pour se mettre en conformité. Un laps de temps relativement court à l’échelle de cycles industriels souvent figés plusieurs années à l’avance.

Tesla a déjà indiqué travailler sur une solution spécifique pour la Chine. Reste à savoir si elle sera réellement cantonnée à ce marché ou si elle préfigurera un retour plus large à des poignées mécaniques visibles, y compris en Europe. À l’heure où les normes de sécurité se durcissent partout, la question n’est plus seulement chinoise.

En voulant éliminer le superflu, l’industrie automobile a parfois flirté avec la ligne rouge. Pékin vient de rappeler, de manière très concrète, qu’en matière de sécurité passive, le design et l’innovation ne peuvent pas tout justifier. Une poignée de porte reste, avant tout, un outil pour sortir vivant d’une voiture. Et ce simple rappel pourrait bien redessiner la physionomie de nombreuses voitures électriques à venir.

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A propos de l'auteur

Sébastien Rabatel

Rédacteur en chef de Actu-Automobile.com depuis 2009, après plusieurs années en tant que journaliste reporter d'images en télévision. Passionné de voitures, j'en ai possédé une soixantaine et essayé plusieurs centaines, tout au long de ces 16 ans d'activité pour Actu Automobile.

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