Chine : Tesla contrainte d’abandonner son volant yoke

Tesla Model S 2025
Tesla Model S 2025

La Chine n’a jamais eu peur de réglementer fort. Cette fois, c’est un symbole de la démesure technologique qui passe à la trappe : le volant façon manche d’avion de chasse, le fameux “yoke”. Popularisé par la Tesla Model S Plaid, repris sur le Tesla Model X et adopté par certaines versions du Lexus RZ, ce demi-volant spectaculaire pourrait tout simplement disparaître du marché chinois dès 2027.

Le ministère chinois de l’Industrie et des Technologies de l’information a publié un projet de norme qui impose des tests d’impact précis sur les volants. Problème : un yoke, par définition, n’offre pas la même surface de contact qu’un volant circulaire traditionnel. Moins de matière entre le conducteur et la colonne de direction, moins de zones amortissantes, et surtout une difficulté évidente à effectuer des tests d’impact sur dix points distincts quand… il manque la moitié supérieure du cercle.

Une norme technique qui change tout

Le futur standard national (GB 11557-202X) prévoit qu’à partir du 1er janvier prochain, les véhicules ne répondant pas à ces exigences ne pourront plus être commercialisés neufs. Les modèles déjà en vente devraient bénéficier d’une courte période de transition, le temps d’ajuster la production.

Sur le papier, cela peut sembler anecdotique. En réalité, le message est clair : en Chine, la sécurité perçue et mesurable prime sur l’effet waouh. Le yoke, pensé pour dégager la vue sur l’instrumentation et accentuer le côté cockpit, se heurte ici à une logique d’ingénierie normative implacable.

Il faut rappeler que le yoke a fait couler beaucoup d’encre depuis son introduction sur la Tesla Model S Plaid. Aux États-Unis comme en Europe, certains conducteurs ont salué son originalité et sa visibilité accrue, quand d’autres ont dénoncé une ergonomie déroutante lors des manœuvres à basse vitesse. Tourner les bras sans pouvoir “croiser” les mains comme avec un volant classique demande une adaptation réelle, surtout sans direction entièrement découplée.

Lexus RZ 450e
Le volant du Lexus RZ 450e

Tesla en première ligne

Pour Tesla, le timing n’est pas idéal. La Chine est l’un de ses marchés stratégiques, et l’usine de Shanghai reste un pilier de sa production mondiale. Certes, le yoke n’équipe qu’une minorité de modèles, mais il symbolise une approche disruptive que la marque revendique.

Le contexte est d’autant plus sensible que Pékin vient également de durcir les règles concernant les poignées de porte escamotables électriques, autre signature des Tesla modernes. Désormais, les véhicules de moins de 3,5 tonnes devront être dotés de poignées intérieures et extérieures physiques avec fonction mécanique d’ouverture d’urgence en cas de coupure de courant. Là encore, la logique est limpide : en situation d’accident ou de panne électrique, l’accès au véhicule ne doit dépendre ni d’un moteur électrique ni d’un logiciel.

Ce double encadrement réglementaire ressemble à un rappel à l’ordre adressé à toute l’industrie, et pas uniquement à Tesla.

Le steer-by-wire en question

Derrière le yoke se cache aussi la question du steer-by-wire, cette direction sans liaison mécanique directe entre le volant et les roues. Le Lexus a fait de cette technologie un argument fort sur le Lexus RZ haut de gamme, tandis que Mercedes-Benz envisage un dispositif similaire sur une future évolution de la Mercedes-Benz EQS.

Le steer-by-wire permet de limiter l’angle de rotation nécessaire et rend le yoke plus cohérent en usage quotidien. Mais en cas de défaillance électronique, la redondance doit être irréprochable. Or, la Chine semble vouloir verrouiller le sujet avant que ces architectures ne se généralisent.

Un signal fort pour l’industrie mondiale

Ce bannissement ne signifie pas la fin du design audacieux. Mais il rappelle qu’une voiture reste avant tout un objet réglementé, soumis à des standards nationaux parfois très différents d’un continent à l’autre. On l’a vu avec les normes d’émissions, on le voit désormais avec l’ergonomie des commandes.

La Chine, premier marché automobile mondial, peut influencer indirectement les choix globaux des constructeurs. Si adapter un modèle spécifique pour un seul pays devient trop coûteux, certains pourraient tout simplement revenir au volant circulaire pour l’ensemble des marchés.

Au fond, cette affaire illustre une tension permanente dans l’automobile électrique : jusqu’où peut-on réinventer l’interface conducteur sans heurter la sécurité et l’acceptabilité ? Le yoke incarnait une rupture visuelle forte. Pékin rappelle qu’en matière de sécurité, l’expérimentation a ses limites.

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A propos de l'auteur

Sébastien Rabatel

Rédacteur en chef de Actu-Automobile.com depuis 2009, après plusieurs années en tant que journaliste reporter d'images en télévision. Passionné de voitures, j'en ai possédé une soixantaine et essayé plusieurs centaines, tout au long de ces 16 ans d'activité pour Actu Automobile.

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