
Toyota n’a jamais été du genre à brûler les étapes sur l’électrique. Pendant que certains annonçaient des gammes 100 % branchées à horizon 2030, le géant japonais continuait de perfectionner ses hybrides. Mais cette fois, le pas est symbolique : le Highlander, figure bien installée des grands SUV familiaux outre-Atlantique, passe au tout électrique pour sa quatrième génération.
Et ce n’est pas un petit modèle urbain. On parle ici d’un mastodonte de 5,05 mètres, capable d’embarquer sept passagers, pensé d’abord pour le marché nord-américain. L’Europe, elle, regarde de loin.
Un gabarit XXL fidèle aux attentes américaines
Avec ses lignes plus anguleuses et sa signature lumineuse étirée façon “pince” à l’avant, le nouveau Highlander adopte les codes récents de Toyota, déjà aperçus sur les dernières Prius et C-HR. À l’arrière, le bandeau lumineux déborde le long de la vitre latérale, histoire d’élargir visuellement une silhouette déjà massive.
Mais l’essentiel est ailleurs : l’empattement gagne 20 centimètres, atteignant 3,04 mètres. C’est considérable. À titre de comparaison, un Peugeot e-5008, pourtant réputé logeable, reste sous les 2,90 m. Résultat attendu : davantage d’espace aux deuxième et troisième rangs, un point crucial pour séduire les familles américaines qui utilisent réellement les sept places.
Lire notre essai du Peugeot e-5008 Dual Motor
L’habitacle suit la tendance actuelle : grand écran central de 14 pouces, instrumentation numérique de 12,3 pouces, aérateurs discrets, console centrale large comme une autoroute du Nevada. L’ambiance vise le confort plus que l’originalité. On est loin des excentricités d’un Hyundai Ioniq 9 ou de l’approche minimaliste d’un Tesla Model X.

Deux puissances, jusqu’à près de 516 km d’autonomie
Techniquement, le Highlander électrique repose sur une évolution de la plateforme TNGA-K, déjà utilisée par les versions thermiques et hybrides. Toyota n’a donc pas opté pour une base 100 % dédiée comme l’e-TNGA du bZ4X, mais pour une adaptation. Un choix pragmatique, fidèle à la culture maison.
La gamme s’articule autour de deux transmissions :
- Traction avant – 224 ch, associée à une batterie de 77 kWh pour environ 460 km d’autonomie selon la norme américaine EPA.
- Transmission intégrale – 343 ch, avec la même batterie ou une version portée à 95,8 kWh, permettant d’atteindre environ 515 km EPA.
Attention toutefois : les chiffres EPA sont généralement plus réalistes que les valeurs WLTP européennes. Si ce modèle arrivait un jour chez nous, les autonomies annoncées seraient probablement légèrement supérieures sur le papier… mais la masse et l’aérodynamique d’un tel engin pèseraient lourd dans la balance. Avec 5 mètres de long et une silhouette haute, la sobriété ne sera clairement pas son point fort.
La recharge annoncée de 10 à 80 % en 30 minutes place le Highlander dans la moyenne actuelle des grands SUV électriques. On reste loin des références 800 volts comme le Kia EV9 ou le Hyundai Ioniq 9, capables de descendre sous les 25 minutes dans les meilleures conditions.

Un positionnement stratégique… mais localisé
Ce Highlander électrique est surtout stratégique pour Toyota en Amérique du Nord. Il s’agit de la première Toyota électrique produite aux États-Unis, un signal industriel fort à l’heure où les politiques locales favorisent la production domestique.
En revanche, l’Europe semble loin des priorités. L’ancien Highlander hybride avait tenté une percée sur notre marché, sans réel succès. Trop grand, trop cher, mal positionné face aux SUV premium allemands et aux propositions plus compactes à sept places.
Aujourd’hui, Toyota peine déjà à installer le bZ4X, malgré ses récentes mises à jour techniques. Introduire un SUV électrique encore plus volumineux, dans un contexte où les normes CO₂ et la fiscalité pénalisent les gros modèles, serait audacieux.
À titre de comparaison, même le Kia EV9 – pourtant salué pour sa cohérence – reste un produit de niche en Europe. Quant au Tesla Model X, il s’est progressivement effacé face au Model Y, plus rationnel et nettement plus abordable.

Toyota change de rythme, mais sans précipitation
Ce nouveau Highlander montre que Toyota accélère enfin sur l’électrique, mais toujours à sa manière : en ciblant des marchés précis, en capitalisant sur des bases techniques éprouvées et en évitant les paris trop risqués.
Reste une question : cette stratégie progressive permettra-t-elle au constructeur de rattraper son retard perçu en Europe ? Sur le Vieux Continent, la bataille se joue désormais sur les compactes et les familiales électriques accessibles. Un SUV de plus de cinq mètres, aussi abouti soit-il, ne correspond pas exactement aux priorités actuelles.
Le Highlander électrique n’est donc pas une révolution mondiale, mais un mouvement tactique. Un signal envoyé à l’Amérique : Toyota est prêt à électrifier aussi ses grands formats. L’Europe, elle, devra patienter… ou se contenter d’autres promesses.






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