
Chez Lamborghini, l’excès n’est plus une dérive. C’est devenu une stratégie produit à part entière. Après la Revuelto, première Lamborghini hybride rechargeable à moteur V12, la marque italienne franchit désormais un nouveau cap avec la Fenomeno Roadster. Une machine de 1 035 ch, sans toit, sans compromis… et sans véritable concurrent direct. Car même dans l’univers des hypercars à plusieurs millions d’euros, cette Lamborghini joue dans une catégorie à part : celle des objets automobiles conçus autant pour collectionner les records que pour flatter les ultra-riches en quête d’unicité absolue.
Le plus intéressant dans cette Fenomeno Roadster n’est d’ailleurs pas seulement sa puissance délirante. C’est ce qu’elle raconte du marché actuel. Ferrari prépare son après-LaFerrari, McLaren multiplie les séries ultra limitées, Bugatti s’apprête à tourner définitivement la page du W16… et Lamborghini, elle, semble avoir trouvé la formule parfaite : conserver un V12 atmosphérique tout en le branchant à l’électricité pour repousser encore les limites.
Une Lamborghini découvrable à plus de 1 000 ch et seulement 15 exemplaires
La Fenomeno Roadster reprend la base technique du coupé déjà dévoilé récemment, mais avec une approche beaucoup plus radicale. Ici, pas de toit souple, pas de hard-top amovible, pas même une solution de secours. La voiture est totalement ouverte. Les découpes très particulières des vitres latérales le confirment immédiatement : cette Lamborghini a été pensée comme une machine à ciel ouvert dès le départ.
Produite à seulement 15 unités dans le monde, cette hypercar devrait largement dépasser les sept chiffres une fois configurée. Et chez Lamborghini, la configuration est devenue une expérience presque aussi importante que l’auto elle-même. Carbone apparent, peintures bi-ton, habillages sur mesure, selleries spécifiques… chaque exemplaire sera pratiquement unique.
Ce positionnement ultra limité rappelle évidemment les Lamborghini Reventón, Centenario ou Sián, mais avec une différence majeure : la Fenomeno Roadster inaugure une nouvelle génération de modèles exclusifs électrifiés. Et contrairement aux précédentes séries spéciales parfois dérivées d’une Aventador en fin de carrière, cette fois la technologie est réellement nouvelle.

Le V12 atmosphérique refuse toujours de mourir
C’est probablement l’élément le plus fascinant de cette Lamborghini. À l’heure où la plupart des constructeurs abandonnent progressivement les gros moteurs thermiques, Sant’Agata Bolognese continue de défendre le V12 atmosphérique comme un manifeste mécanique.
Sous la carrosserie en carbone se cache donc le même groupe motopropulseur hybride que celui de la Revuelto. Un V12 6.5 atmosphérique capable de grimper à 9 250 tr/min et de développer à lui seul 823 ch. Trois moteurs électriques viennent compléter l’ensemble : un intégré à la boîte double embrayage huit rapports, et deux placés sur le train avant.
Résultat : 1 035 ch cumulés.
Les chiffres annoncés sont logiquement absurdes. Le 0 à 100 km/h est expédié en 2,4 secondes et le 0 à 200 km/h en seulement 6,8 secondes. Quant à la vitesse maximale, Lamborghini évoque simplement plus de 338 km/h. Une manière élégante de dire que la marque préfère désormais vendre une expérience sensorielle plutôt qu’une simple fiche technique.
La batterie de 7,4 kWh reste relativement compacte, preuve que Lamborghini utilise l’hybridation avant tout comme un booster de performances et non comme un outil d’efficience énergétique.

Une architecture totalement repensée pour rouler sans toit
Transformer une hypercar hybride en roadster n’a rien d’anodin. Et c’est précisément là que cette Fenomeno devient intéressante techniquement.
Lamborghini explique avoir profondément retravaillé l’admission moteur ainsi que toute la partie arrière de l’auto. L’arceau de sécurité joue désormais également un rôle aérodynamique en canalisant l’air vers les entrées moteur. Une solution typiquement Lamborghini : spectaculaire, complexe et légèrement excessive.
Le constructeur affirme également avoir limité la prise de poids malgré la suppression du toit grâce à sa monocoque en carbone. Les ingénieurs ont aussi retravaillé les flux aérodynamiques avec de nouveaux déflecteurs au-dessus du pare-brise afin de maintenir un niveau d’appui similaire à celui du coupé.
Les suspensions réglables manuellement montrent d’ailleurs que Lamborghini cible ici une clientèle qui veut encore “piloter” sa voiture, et pas seulement l’exposer dans un salon climatisé à Dubaï ou Monaco.

Face à Ferrari et McLaren, Lamborghini choisit la brutalité émotionnelle
Cette Fenomeno Roadster arrive dans un contexte très particulier pour les hypercars. Ferrari mise de plus en plus sur l’efficacité absolue avec des modèles ultra sophistiqués. McLaren pousse l’aérodynamique et la légèreté presque jusqu’à l’obsession. Lamborghini, elle, continue de vendre autre chose : une forme de violence mécanique théâtrale.
Et c’est probablement ce qui explique son succès actuel. La Revuelto connaît déjà une demande extrêmement forte malgré un tarif dépassant largement les 500 000 euros. Les clients Lamborghini ne cherchent plus uniquement des performances. Ils veulent du spectacle, du bruit, une silhouette impossible à ignorer.
La Fenomeno Roadster pousse cette logique encore plus loin. Une hypercar hybride sans toit fixe à 1 035 ch n’a pas beaucoup de sens rationnel. Mais précisément : ce type de voiture n’est plus conçu pour être rationnel.

Lamborghini prépare déjà l’après Revuelto
Cette Fenomeno Roadster agit aussi comme un laboratoire roulant. Car derrière cette série ultra limitée se cache une question stratégique bien plus importante : Lamborghini peut-elle réellement proposer un jour une Revuelto Spider de série ?
Jusqu’ici, l’intégration du système hybride semblait compliquer fortement l’arrivée d’une version découvrable. Cette Fenomeno prouve au contraire que le constructeur a trouvé des solutions techniques viables.
Reste une réalité incontournable : même dans l’univers des millionnaires, le marché des hypercars devient de plus en plus concurrentiel et saturé. Produire seulement 15 exemplaires permet évidemment de maintenir une rareté artificielle… mais cela montre aussi que Lamborghini préfère désormais multiplier les objets exclusifs plutôt que d’augmenter les volumes.
Et vu la demande actuelle pour ce type de créations extrêmes, difficile de lui donner tort.








