
Le marché automobile français aime les paradoxes. Janvier 2026 en offre un condensé saisissant. D’un côté, une chute nette des immatriculations de voitures neuves. De l’autre, un niveau record de ventes de voitures électriques. Entre les deux, un facteur exogène qui fausse la lecture des chiffres et complique toute projection à court terme : le leasing social. Les données publiées par AAA Data dessinent un mois plus politique qu’économique, plus administré que réellement dynamique, et confirment que 2026 ne sera pas l’année du rebond espéré.
Avec 107 157 immatriculations de voitures particulières neuves, le marché recule de 7 % par rapport à janvier 2025. Un chiffre brut qui pourrait presque rassurer si janvier 2025 n’avait pas déjà été un mois faible et si le calendrier n’avait pas retiré un jour ouvré supplémentaire cette année. L’essentiel est ailleurs : la mécanique du marché reste grippée, et les moteurs traditionnels de la croissance ne repartent pas.
Particuliers résistants, flottes en net retrait
Dans le détail, AAA Data observe une relative solidité du canal des particuliers, limité à une baisse de 2 %. Une performance en trompe-l’œil, largement soutenue par les dispositifs publics, et notamment le leasing social. À l’inverse, les flottes accusent un recul de 15 %, signe d’une prudence persistante des entreprises face à l’instabilité réglementaire, fiscale et technologique.
Cette photographie valide une tendance déjà anticipée par l’institut : le marché automobile français ne progressera pas significativement en 2026. La demande existe, mais elle est différée, contrainte, et de plus en plus dépendante d’aides ciblées. Sans elles, le volume se contracte mécaniquement.
Le leasing social propulse l’électrique à 28 %… artificiellement
C’est le chiffre qui capte toute l’attention. En janvier, la part de marché de l’électrique atteint 28 % des immatriculations neuves. Un niveau inédit, proche de celui observé ponctuellement dans certains pays nordiques, mais qui ne reflète pas un basculement structurel. Comme le souligne AAA Data, ce pic est directement lié aux livraisons des commandes issues du leasing social, ouvertes dès fin septembre 2025, et combinées à un bonus toujours généreux.
Le phénomène touche aussi bien les particuliers, dont 31 % des achats sont électriques, que les flottes, à 36 %. Dans ce contexte, la hiérarchie des modèles n’étonne guère. La Renault 5 électrique écrase le classement avec 3 952 immatriculations, loin devant le Scenic électrique et la Peugeot 208. Renault domine logiquement le classement des marques, avec près de 7 900 électriques immatriculées sur le mois, confirmant sa capacité à transformer une politique publique en avantage industriel. Peugeot, Citroën et Volkswagen suivent, avec des progressions spectaculaires mais sur des volumes encore contenus.
Ce coup d’accélérateur masque toutefois une réalité moins flatteuse : hors aides, la dynamique électrique reste fragile, notamment sur les segments compacts et familiaux, où les prix demeurent élevés malgré les discours rassurants.

Thermique en repli, hybrides sous surveillance
Sans surprise, cette poussée de l’électrique se fait au détriment des motorisations thermiques. Essence et diesel continuent de décrocher, entraînant avec eux l’ensemble du marché. Seules les hybrides légères MHEV parviennent à rester dans le vert, avec une hausse de 9 %, confirmant leur rôle de solution transitoire privilégiée par les constructeurs comme par les acheteurs. À l’inverse, les hybrides classiques reculent, tout comme les PHEV, dont le positionnement devient de plus en plus inconfortable entre contraintes fiscales et usages réels.
L’occasion décroche, malgré un contexte potentiellement favorable
Autre signal préoccupant : le marché de l’occasion perd 10 % en janvier, avec 413 525 transactions. Une rupture nette après une fin d’année 2025 positive. Là encore, l’incertitude domine. Le report du vote sur la suppression des ZFE entretient un climat d’attentisme, alors même que plus d’un quart des ventes concernent encore des véhicules Crit’Air 3 ou plus. Les acheteurs temporisent, les vendeurs hésitent, et le marché se fige.
Paradoxalement, les motorisations électrifiées progressent sur le marché de l’occasion, y compris l’électrique, qui atteint 3,6 % de part de marché. Mais leur poids reste trop faible pour compenser l’effondrement des volumes thermiques, toujours ultra-majoritaires.
Un parc automobile qui vieillit, fracture territoriale en toile de fond
Le dernier enseignement, sans doute le plus structurant, concerne le parc automobile français. Avec 42,5 millions de voitures en circulation et un âge moyen de 12,3 ans, jamais il n’a été aussi ancien. AAA Data met en lumière une fracture nette entre territoires urbains et ruraux. Dans certains départements peu denses, l’âge moyen dépasse 14 ans, reflet d’un pouvoir d’achat contraint et d’une dépendance accrue à l’automobile individuelle.
À l’échelle nationale, le diesel reste dominant dans le parc, devant l’essence, tandis que l’électrique ne représente encore qu’un peu plus de 3 % des véhicules en circulation. Quant aux SUV, omniprésents dans le neuf, ils restent minoritaires dans le parc total, preuve que les transformations du marché prennent du temps, bien au-delà des effets d’annonce.
Conclusion : un marché sous perfusion, en attente de vérité
Janvier 2026 n’est ni un effondrement, ni un redémarrage. C’est un mois sous perfusion, qui illustre la dépendance croissante du marché automobile français aux décisions publiques. L’électrique progresse, mais sous contrainte. Le neuf recule, l’occasion cale, et le parc vieillit. Derrière les chiffres flatteurs se cache une réalité plus rugueuse : sans cap clair et sans stabilité, le marché continuera d’avancer à coups d’à-coups, plus subi que choisi.
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