
Chez Mazda, l’électrique n’a jamais été une affaire de précipitation. La marque d’Hiroshima cultive depuis longtemps une forme de décalage, parfois déroutante, souvent revendiquée. Mais les informations venues du Japon marquent un tournant plus net : le premier modèle reposant sur la future architecture électrique maison ne verrait finalement pas le jour avant 2029, au mieux. Un calendrier qui tranche avec les ambitions affichées il y a encore quelques années et qui interroge sur la place réelle de Mazda dans la transition électrique mondiale.
Une plateforme stratégique… qui prend du retard
Annoncée dès 2021, la plateforme « Mazda EV-scalable architecture » devait symboliser l’entrée de la marque dans une nouvelle ère. Une base dédiée, modulaire, capable de supporter plusieurs silhouettes et tailles de véhicules, à l’image de ce que Volkswagen a fait avec la MEB ou Volvo avec ses architectures SPA. À l’époque, Mazda évoquait une première vague de modèles entre 2025 et 2030. Puis le curseur a glissé vers 2027. Aujourd’hui, l’horizon semble encore s’éloigner.
Officiellement, Mazda ne confirme rien. Officieusement, la marque reconnaît que le contexte a profondément changé. La demande pour les véhicules hybrides reste forte, notamment en Europe et aux États-Unis, tandis que les signaux politiques envoyés ces derniers mois ont brouillé la lisibilité du marché. La remise en question de certaines échéances réglementaires, dont l’abandon récent de l’interdiction stricte des moteurs thermiques en 2035 dans l’Union européenne, a rebattu les cartes. Pour un constructeur de taille modeste, avancer sans filet dans l’électrique pur représente un risque financier considérable.
L’électrique oui, mais pas à n’importe quel prix
Mazda n’en est pourtant pas à son premier pas dans le monde des voitures à batterie. Le MX-30, lancé en 2019 avec beaucoup de singularité mais une autonomie très limitée, restera comme une tentative aussi audacieuse que mal calibrée. Retiré discrètement du marché en 2025, il a servi de laboratoire plus que de véritable produit de conquête.
Depuis, la stratégie a évolué. Les Mazda 6e et CX-6e, attendues cette année en Europe, marquent une approche plus pragmatique. Ces modèles reposent sur une plateforme fournie par le chinois Changan et sont produits en Chine. Une solution transitoire assumée, qui permet à Mazda d’exister sur le marché électrique sans attendre la maturité de sa propre technologie. Une démarche comparable à celle de certains concurrents japonais, Toyota en tête, longtemps accusés de temporiser mais déterminés à éviter les faux pas industriels.

Pourquoi Mazda temporise quand d’autres accélèrent
Le discours interne est limpide : la technologie électrique n’est pas encore stabilisée. Batteries, architectures, coûts, poids, rapidité de recharge… tout évolue très vite. Aller trop vite, c’est prendre le risque de développer une plateforme déjà obsolète au moment de son lancement. Plusieurs groupes en ont déjà fait l’expérience, avec des bases trop lourdes ou trop chères, difficilement amortissables.
Mazda souffre aussi d’un handicap structurel : contrairement à Volkswagen, Stellantis ou Renault, la marque n’appartient pas à un vaste conglomérat capable de mutualiser massivement les investissements. Les ressources humaines et financières sont plus limitées, ce qui impose des choix plus conservateurs. D’où cette stratégie dite « multi-solution », mêlant thermique optimisé, hybridation et électrique, sans rupture brutale.
À quoi ressemblera le premier vrai Mazda électrique ?
Mazda entretient le flou sur le futur modèle qui inaugurera sa plateforme maison. Une chose semble acquise : ce sera très probablement un SUV, catégorie reine sur tous les grands marchés mondiaux. En revanche, il ne devrait pas marcher sur les plates-bandes du CX-6e, afin d’éviter une cannibalisation interne. Le constructeur insiste sur la différenciation claire de son offre, même lorsque les gabarits se rapprochent.
Reste une promesse que Mazda martèle : quel que soit le support technique, chaque nouveau modèle devra rester un « vrai Mazda ». Comprendre : un véhicule orienté conducteur, au comportement soigné, avec une attention particulière portée au ressenti plutôt qu’à la course aux chiffres. Une philosophie qui tranche avec certains acteurs de l’électrique obsédés par les fiches techniques, mais qui devra convaincre face à une concurrence de plus en plus affûtée.
En repoussant à 2029 le lancement de sa première voiture électrique 100 % maison, Mazda fait un pari risqué mais cohérent avec son ADN. Celui de la patience, de l’ingénierie maîtrisée et du refus de céder aux effets d’annonce. Reste à savoir si, dans un marché électrique en mutation rapide, cette prudence sera perçue comme une sagesse industrielle… ou comme un retard difficile à combler.
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