
Il suffit de regarder un parking de supermarché ou une file sur l’autoroute pour s’en rendre compte : la voiture française s’est largement uniformisée. Non pas par manque d’imagination des constructeurs, qui n’ont jamais proposé autant de teintes différentes, mais par prudence assumée des acheteurs. Sur le marché de l’occasion en particulier, la couleur est devenue un critère stratégique, presque rationnel, bien plus qu’un marqueur de personnalité.
Les chiffres récents de carVertical pour 2025 confirment ce sentiment visuel. Le noir et le gris écrasent le marché, le bleu progresse fortement, tandis que le blanc recule nettement. Les couleurs dites “plaisir”, elles, continuent de disparaître du paysage automobile français.
La revente avant tout, moteur numéro un du choix de couleur
Acheter une voiture d’occasion, c’est rarement un acte purement émotionnel. Dans l’esprit de nombreux automobilistes, la question de la revente est déjà présente au moment de l’achat. Et sur ce terrain, le gris et le noir rassurent. Ils se vendent plus vite, partout, et sans discussion interminable sur le goût personnel.
Ce conservatisme n’est pas propre à la France, mais il y est particulièrement marqué. Le noir domine aujourd’hui le parc analysé, talonné de très près par le gris. Le bleu, longtemps cantonné à un rôle secondaire, connaît une remontée spectaculaire, au point de devenir la troisième couleur la plus répandue. À l’inverse, le blanc, pourtant omniprésent il y a encore quelques années, perd du terrain, notamment sur l’occasion où il souffre davantage du vieillissement visuel.
Ce choix rationnel est aussi dicté par la mondialisation du marché. Une berline grise ou un SUV noir correspondent à des standards internationaux. Ils traversent les frontières sans difficulté, ce qui sécurise les valeurs résiduelles, notamment pour les modèles récents et les véhicules premium.
Entretien, vieillissement et réalité du quotidien
La couleur d’une voiture n’est pas qu’une affaire de style, c’est aussi une question de contraintes très concrètes. Les teintes vives, souvent flatteuses en sortie de concession, vieillissent parfois mal. Sous l’effet du soleil, certaines peintures rouges, jaunes ou orangées ternissent plus rapidement, surtout sur des véhicules stationnés en extérieur pendant plusieurs années.
Mais les couleurs sombres ne sont pas non plus exemptes de défauts. Le noir, en particulier, est impitoyable. La moindre poussière, micro-rayure ou trace de lavage approximatif saute aux yeux. Sur le marché de l’occasion, une carrosserie noire mal entretenue peut faire chuter la perception de qualité, même si la voiture est mécaniquement irréprochable. À l’inverse, le gris clair et le blanc ont cet avantage ingrat mais efficace de masquer les petits défauts du quotidien.
C’est aussi pour cette raison que certaines couleurs disparaissent presque totalement. Le jaune, par exemple, est devenu une rareté absolue sur le marché français, cantonné à quelques modèles très spécifiques ou à des séries limitées à vocation marketing.

Couleur et positionnement : le poids de l’image
La couleur reste malgré tout un outil de positionnement. Les teintes sombres continuent de dominer sur les modèles haut de gamme, car elles véhiculent une image de sérieux, de statut et de discrétion. Difficile d’imaginer une grande berline statutaire ou un SUV premium se vendre majoritairement en vert pomme ou en orange vif.
Cet héritage est ancien. Chaque pays automobile s’est historiquement associé à certaines couleurs, issues des premières compétitions internationales. Même si ces codes se sont estompés, ils restent visibles dans certaines gammes. Les constructeurs français ont longtemps valorisé le bleu, les marques italiennes le rouge, les allemandes les teintes argentées. Aujourd’hui, ces références subsistent surtout dans le discours marketing, beaucoup moins dans les choix réels des clients.
L’apparence ne doit jamais masquer l’essentiel
Derrière cette domination des couleurs sobres, un rappel s’impose. Une voiture d’occasion ne se juge pas à sa peinture. Une carrosserie flatteuse peut masquer un passé plus trouble, des réparations approximatives ou un kilométrage arrangé. À l’inverse, un véhicule moins séduisant visuellement peut s’avérer bien plus sain techniquement.
La couleur influence la valeur perçue, pas la fiabilité réelle. Et sur un marché de plus en plus tendu, où les prix restent élevés, le vrai bon choix reste celui qui privilégie l’historique, l’état général et la transparence, bien avant la teinte de carrosserie.
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