
Pendant des décennies, Alpina a vécu dans une zone un peu particulière. Trop raffiné pour être comparé aux modèles M classiques de BMW, pas assez démonstratif pour entrer dans le monde des supercars, et finalement assez discret pour passer sous le radar de beaucoup d’automobilistes européens.
C’est probablement ce qui faisait son charme.
Sauf qu’aujourd’hui, BMW veut transformer cette singularité en véritable marque de luxe mondiale. Et le Vision BMW Alpina présenté au bord du lac de Côme ressemble moins à un simple concept-car qu’à une déclaration stratégique très claire : il existe désormais un espace entre une Série 7 et une Rolls-Royce, et BMW compte bien le remplir. Avec des voitures à 200 000 euros, ou plus…
Ce n’est plus le préparateur élégant des Série 5
Le plus intéressant dans cette histoire, ce n’est même pas le concept lui-même. C’est le repositionnement complet.
Quand BMW rachète officiellement Alpina, la marque ne cherche pas juste à conserver un nom historique. Elle récupère surtout une clientèle très spécifique. Des clients qui veulent de la puissance, mais sans l’image parfois agressive des divisions sportives traditionnelles.
Le patron de BMW Alpina le résume presque brutalement : “speed, not sport”. Et ça change tout.
Parce qu’une Alpina n’a jamais vraiment cherché à battre un chrono sur circuit. Historiquement, une BMW Alpina B7 ou une B5 servait davantage à traverser l’Allemagne à très haute vitesse dans un silence presque absurde qu’à attaquer un vibreur. BMW veut préserver exactement ça.
Dans un marché du luxe automobile qui devient de plus en plus caricatural visuellement, Alpina pourrait devenir une sorte d’alternative discrète aux Bentley ou aux versions Autobiography du Range Rover. Des voitures extrêmement coûteuses, mais qui n’ont pas besoin de crier leur prix. Et honnêtement, ce segment-là explose actuellement.

Un concept qui regarde davantage vers le passé que vers l’électrique
Le Vision BMW Alpina surprend aussi pour une autre raison : son moteur. Un V8 “pur”. Sans hybridation.
En 2026, ce choix paraît presque provocateur. Surtout chez un constructeur qui pousse parallèlement ses plateformes électriques Neue Klasse. Mais BMW sait parfaitement à qui ce modèle s’adresse. Les clients Alpina historiques restent très attachés aux gros moteurs thermiques, au couple massif et à cette manière très particulière d’avaler les kilomètres.
Le concept reprend même certains codes des Alpina des années 70. Le fameux nez “shark nose”, les jantes multibranches, les détails bleu et vert disséminés partout… on sent que BMW cherche à rassurer immédiatement les passionnés qui craignaient une dilution complète de la marque après le rachat.
Ce n’est pas un hasard non plus si le concept ressemble davantage à un grand coupé de voyage qu’à une limousine technologique futuriste. L’idée n’est pas de concurrencer Mercedes-Benz sur la débauche d’écrans ou Tesla sur le logiciel. BMW tente plutôt de recréer une notion presque oubliée : le grand tourisme très haut de gamme européen. Quelque chose entre la vitesse et le confort absolu.

La future Alpina B7 sera le vrai point de départ
Le Vision concept ne sera pas produit tel quel. En réalité, il sert surtout à préparer le terrain pour la future génération de BMW Alpina B7 attendue fin 2027.
Et c’est probablement là que le projet deviendra vraiment intéressant.
BMW annonce déjà une berline capable d’approcher les 305 km/h, positionnée au-dessus d’une Série 7 classique mais sous Rolls-Royce. Un territoire assez peu exploité aujourd’hui. Même Audi n’a jamais totalement réussi à imposer ses versions Horch hors de Chine, tandis que Mercedes-Maybach reste très centré sur le chauffeur-driven luxury.
Alpina pourrait jouer une autre carte : celle du conducteur riche qui veut encore conduire lui-même.
Ce détail revient constamment dans le discours de BMW. Les Alpina ne doivent pas devenir des salons roulants passifs. La marque insiste sur les clients qui parcourent 200 000 kilomètres avec leurs voitures, les utilisent quotidiennement, traversent des pays entiers sans fatigue.
On est presque à l’opposé des hypercars de collection qui roulent 800 kilomètres par an.

Une montée en gamme qui pourrait changer beaucoup de choses chez BMW
Ce repositionnement révèle aussi une évolution plus large chez BMW.
La marque allemande a longtemps eu un problème assez simple : entre une Série 7 très équipée et une Rolls-Royce Ghost, l’écart devenait gigantesque en matière de prix, d’image et d’expérience. Il manquait une étape intermédiaire. Alpina devient cette étape.
Et si le projet fonctionne, BMW pourrait aller beaucoup plus loin que quelques versions retravaillées de modèles existants. Les dirigeants évoquent déjà des modèles spécifiques, à très faible volume, développés uniquement pour Alpina sans équivalent BMW direct.
Autrement dit : une vraie marque indépendante à l’intérieur du groupe.
C’est probablement le point le plus important derrière ce concept. Le design passera. Le V8 aussi, tôt ou tard. Mais BMW semble avoir compris qu’à l’ère de l’électrification généralisée, le luxe automobile ne se jouera plus seulement sur la puissance ou les technologies embarquées.
La rareté, le toucher des matériaux, le silence mécanique et la discrétion pourraient redevenir les vrais signes extérieurs du très haut de gamme. Et Alpina coche précisément toutes ces cases.










