
Il fallait oser. Dans une Europe obsédée par les grammes de CO2 et les batteries XXL, Alfa Romeo choisit de prolonger ses Giulia et Stelvio Quadrifoglio jusqu’en 2027. Oui, vous avez bien lu. Le trèfle vert refuse la sortie de scène et s’invite pour un dernier tour de piste, au moment même où nombre de sportives thermiques sont électrifiées de force ou tout simplement rayées des catalogues.
La décision n’est pas romantique, elle est stratégique. Les nouvelles générations, initialement prévues plus tôt, ont pris du retard. La marque a revu sa feuille de route technique pour réintégrer du thermique dans un plan qui s’annonçait trop brutalement électrique. Résultat : les modèles actuels continuent leur carrière, et avec eux leurs versions les plus explosives.
Un V6 qui parle encore fort
Sous le capot, pas de surprise tiède. Le V6 2,9 litres biturbo de 520 chevaux est toujours là, sans hybridation de façade, sans artifice vert pour faire passer la pilule. Dans la Giulia, la puissance file aux seules roues arrière. Dans le Stelvio, elle transite par une transmission intégrale qui sécurise les ardeurs. Les chiffres restent impressionnants : moins de quatre secondes pour passer de 0 à 100 km/h, plus de 300 km/h en pointe pour la berline. Même en 2026, ça impose le respect.
Ce moteur, c’est une déclaration d’intention. À l’heure où certaines rivales ont troqué leurs V8 contre des quatre cylindres électrifiés, Alfa persiste avec une mécanique généreuse, sonore, charnelle. On pourra toujours lui reprocher une interface multimédia qui accuse le poids des années ou une présentation qui n’a plus l’effet waouh des débuts, mais sur le plan mécanique, le charme opère toujours.
Des sportives devenues presque confidentielles
Esthétiquement, les Quadrifoglio conservent leur panoplie. Boucliers ajourés, fibre de carbone visible, jantes généreuses, sièges baquets qui annoncent la couleur avant même d’appuyer sur le bouton start. Rien de révolutionnaire, mais une cohérence qui tranche avec la surenchère stylistique de certains SUV sportifs.
Le vrai choc, en revanche, arrive à la lecture du bon de commande. Plus de 100 000 euros pour la Giulia, plus de 110 000 euros pour le Stelvio. Et en France, le malus écologique transforme la facture en uppercut. On dépasse allègrement les 180 000 euros une fois la taxe et quelques options ajoutées. À ce niveau, on ne parle plus d’un achat rationnel. On parle d’un acte de passion, presque de résistance culturelle.
Autant dire que les volumes hexagonaux resteront symboliques. Quelques dizaines d’unités tout au plus. Dans des pays moins punitifs fiscalement, l’histoire sera différente, mais la tendance de fond ne change pas : ces Alfa deviennent des objets rares, presque anachroniques.
Un sursis avant la bascule électrique
Il ne faut pas se tromper sur la portée de cette prolongation. Les futures Giulia et Stelvio reposeront sur une nouvelle base technique du groupe Stellantis et intégreront massivement l’électrification. L’ère du V6 biturbo pur jus touche à sa fin, même si elle joue les prolongations.
Ce choix d’Alfa Romeo ressemble à un dernier hommage à son ADN sportif. La Giulia Quadrifoglio, lancée en 2015, avait marqué les esprits en s’attaquant frontalement aux références allemandes. Le Stelvio, arrivé ensuite, avait prouvé qu’un SUV pouvait encore faire vibrer autre chose que des chiffres de consommation. Dix ans plus tard, ces deux modèles tiennent toujours la barre, presque seuls contre le courant.

Le chant du cygne d’une époque
Prolonger ces Quadrifoglio jusqu’en 2027, c’est accepter qu’elles ne seront jamais des best-sellers. C’est aussi affirmer qu’il reste une place, même étroite, pour une sportivité sans filtre. Sans batterie pour arrondir les angles. Sans fausse note synthétique diffusée dans les haut-parleurs.
Elles ne sont plus toutes jeunes, elles sont lourdement taxées, et leur avenir est compté. Mais précisément pour ces raisons, elles deviennent désirables. Dans quelques années, quand les sportives électriques auront envahi les showrooms, on repensera peut-être à ces Giulia et Stelvio comme aux dernières Alfa à parler le langage brut du thermique.
Et ce langage-là, malgré tout, continue de séduire.
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