Fiat Grizzly : Fiat arrête enfin de jouer petit bras

Fiat Grizzly
Fiat Grizzly

Chez Fiat, il y avait un problème devenu presque gênant. Pendant que Renault occupait le terrain avec le Symbioz, que Dacia empilait les ventes de Duster et bientôt de Bigster, et que Kia transformait chaque SUV en succès commercial, la marque italienne semblait bloquée dans une sorte de nostalgie permanente autour de la 500. La Grande Panda a commencé à casser cette logique. Le Grizzly va beaucoup plus loin.

Fiat ne présente pas simplement un SUV familial de plus. La marque tente surtout de retrouver une place qu’elle a perdue depuis longtemps : celle d’un constructeur populaire capable de vendre des voitures familiales en masse, pas uniquement des petites citadines sympathiques pour centres-villes européens.

Le nom Grizzly n’a d’ailleurs rien d’anodin. On sent presque Fiat vouloir dire : “oui, cette fois on vient vraiment jouer dans le segment C”.

Une silhouette qui cherche moins à séduire qu’à exister

Ce qui frappe avec ce Grizzly, surtout dans sa version coupé, c’est cette manière de reprendre les codes très simples de la Grande Panda en les étirant presque brutalement. Fiat ne cherche pas la sophistication à l’allemande. Ce n’est pas un Peugeot 3008. Ce n’est pas non plus un SUV techno à la chinoise bardé de signatures lumineuses compliquées. Le dessin reste très géométrique, très carré, et pourtant ça fonctionne plutôt bien.

Les passages de roues massifs, les surfaces tendues, les feux pixelisés qui débordent dans la calandre… on retrouve cette idée de “voiture sympathique” que Fiat tente de remettre au goût du jour depuis deux ans. La différence, c’est qu’ici les proportions changent totalement la perception de l’ensemble. Sur un modèle plus imposant, ce style devient presque une déclaration anti-mode face à des SUV de plus en plus agressifs visuellement.

La version Fastback intrigue davantage encore. Fiat semble avoir compris que le marché européen adore désormais les faux coupés surélevés, même lorsque cela complique la visibilité arrière ou le volume de coffre. Renault l’a fait avec l’Arkana. Citroën pousse le concept avec le Basalt sur certains marchés. Même Volkswagen finit par y venir partout. Fiat suit le mouvement. Mais avec un côté moins sérieux.

Le vrai sujet, c’est surtout Stellantis

Derrière ce Grizzly, il y a évidemment la plateforme Smart Car de Stellantis. Et honnêtement, c’est probablement ce qui sauve Fiat aujourd’hui.

Sans cette base technique mutualisée avec les Citroën C3 Aircross ou Opel Frontera, la marque italienne n’aurait sans doute jamais eu les moyens de revenir aussi vite sur le segment familial. Tout est pensé pour réduire les coûts : motorisations communes, batteries déjà amorties, architecture électronique standardisée. Le client final, lui, verra surtout des prix plus accessibles.

Et c’est précisément là que Fiat veut frapper. Un SUV familial autour de 30 000 € en électrique et probablement sous les 25 000 € en hybride, dans le contexte actuel, ça devient rare, quoique, avec certaines marques chinoises…

Les batteries de 44 et 54 kWh annoncées sur ce nouveau SUV Fiat risquent d’être un peu justes sur un SUV familial de ce gabarit. Sur une Grande Panda ou une Citroën ë-C3, ça passe encore. Sur un véhicule plus lourd et plus haut, atteindre 400 kilomètres réels pourrait devenir compliqué, et impossible évidemment sur autoroute.

Fiat mise clairement davantage sur le prix que sur les performances électriques pures.

Un intérieur pensé pour les familles… mais pas austère

C’est probablement là que le Grizzly pourrait surprendre. Fiat semble vouloir conserver cette ambiance presque décontractée découverte sur la Grande Panda. Beaucoup de marques tombent dans des habitacles très froids dès qu’il s’agit de voitures abordables. Écrans noirs, plastiques noirs, sièges noirs. Fin de l’histoire.

Le Grizzly devra surtout réussir là où la Grande Panda montre déjà certaines limites : l’espace arrière. Fiat parle d’un empattement allongé et d’une vraie vocation familiale. Ça paraît indispensable face à un Dacia Bigster qui mise précisément sur l’habitabilité XXL à prix serré. Parce qu’au fond, le vrai concurrent du Grizzly n’est peut-être pas le Qashqai.

Fiat rejoue enfin la bataille du volume

Ce lancement raconte autre chose qu’un simple nouveau SUV. Il raconte surtout une marque qui tente de redevenir visible dans la rue. Pendant des années, Fiat s’est progressivement retiré de presque tous les segments importants en Europe.

Le Grizzly ressemble donc à une tentative de reconstruction industrielle autant que commerciale.

Reste à voir si les clients suivront. Parce que le marché européen est devenu extrêmement brutal. Les SUV chinois arrivent avec des autonomies supérieures et des équipements impressionnants. Renault accélère. Volkswagen revient agressivement sur les prix.

Fiat, lui, avance avec une approche presque plus simple : proposer des voitures familiales pas trop chères, visuellement attachantes et suffisamment modernes pour ne pas paraître déjà dépassées. On attend de voir ce que ça va donner !


A propos de l'auteur

Sébastien Rabatel

Rédacteur en chef de Actu-Automobile.com depuis 2009, après plusieurs années en tant que journaliste reporter d'images en télévision. Passionné de voitures, j'en ai possédé une soixantaine et essayé plusieurs centaines, tout au long de ces 16 ans d'activité pour Actu Automobile.

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