
Il y a une manière assez Lamborghini de présenter une nouvelle voiture : ne pas commencer par montrer ses chiffres, mais par aller chercher un chrono. La future Revuelto SV n’a même pas encore été officiellement dévoilée qu’elle vient déjà de faire parler d’elle sur le Hockenheimring, en Allemagne, avec un temps de 1 min 41 s 6.
C’est le meilleur chrono jamais réalisé par une voiture de production sur ce circuit, affirme Lamborghini. Et le constructeur n’a pas choisi Hockenheim au hasard. Avec ses longues portions rapides, ses gros freinages et ses virages beaucoup plus techniques qu’ils n’en ont l’air, le tracé allemand est un exercice assez complet pour une supercar. Le pilote d’essai et pilote officiel de la marque, Marco Mapelli, était au volant.
Le chiffre est spectaculaire. Mais il raconte surtout quelque chose de plus intéressant sur cette nouvelle Revuelto.
Une Lamborghini qui ne cherche plus seulement à être rapide
La Revuelto actuelle n’est déjà pas exactement une voiture en manque de puissance. Son V12 atmosphérique de 6,5 litres travaille avec trois moteurs électriques pour atteindre 1 015 ch, avec une transmission à double embrayage et une vitesse maximale supérieure à 350 km/h. Le 0 à 100 km/h demande seulement 2,5 secondes.
La SV doit donc trouver sa justification ailleurs que dans une simple augmentation de puissance.
C’est toute la logique des Lamborghini portant les trois lettres « SV », pour Super Veloce. L’objectif est de rendre une voiture déjà extrêmement performante plus incisive encore, avec une attention particulière portée au poids, à l’aérodynamique, aux liaisons au sol et au comportement à haute vitesse.
Les premières images de la Revuelto SV, encore partiellement camouflée, laissent justement entrevoir une carrosserie nettement plus agressive. Nouveau bouclier avant, éléments aérodynamiques plus imposants, diffuseur retravaillé et surtout un aileron arrière beaucoup plus présent : Lamborghini semble avoir accepté de sacrifier une partie de la discrétion au profit de l’efficacité.
Sur une voiture de ce niveau, quelques dixièmes gagnés au freinage ou dans une courbe comptent davantage qu’une poignée de chevaux supplémentaires sur une fiche technique.

1 min 41 s 6 : un record, mais pas le chrono absolu de Hockenheim
Il faut tout de même regarder ce record avec un peu de recul.
Lamborghini parle du meilleur temps jamais réalisé par une voiture de production à Hockenheim. La formulation est importante. Le chrono de 1 min 41 s 6 n’est pas le meilleur temps jamais signé par une automobile sur le circuit allemand.
La Mercedes-AMG One, par exemple, a déjà réalisé un tour en 1 min 38 s 6. Mais cette dernière appartient à une catégorie très particulière de machines, avec une technologie directement dérivée de la Formule 1. La comparaison n’est donc pas vraiment équitable.
C’est un peu la même histoire avec les chronos réalisés par des voitures de compétition. Une Ferrari 296 GT3 peut faire mieux encore, mais elle n’a évidemment rien d’une voiture que l’on peut immatriculer et conduire jusqu’à son domicile après avoir quitté le circuit.
La Revuelto SV joue donc sur un terrain différent : celui d’une voiture homologuée pour la route capable de se rapprocher dangereusement des performances de machines conçues pour la piste.
Et c’est probablement là que se trouve l’intérêt du chrono.

L’héritage de l’Aventador SVJ n’est jamais très loin
Chez Lamborghini, l’appellation SV n’est pas utilisée à la légère. L’Aventador SVJ reste notamment célèbre pour avoir établi en 2018 un record sur la Nürburgring Nordschleife avec un temps de 6 min 44 s 97, à l’époque référence absolue pour une voiture de production sur le tracé allemand.
La Revuelto SV arrive dans un monde différent.
L’électrification a changé la façon de faire avancer ces monstres mécaniques. La Revuelto standard utilise déjà ses moteurs électriques pour apporter du couple instantanément et surtout pour travailler sur le comportement du train avant. Lamborghini n’a donc plus besoin de choisir entre le caractère brutal du V12 et la précision d’une transmission moderne : les deux peuvent fonctionner ensemble.
C’est probablement ce qui explique le commentaire de Marco Mapelli après son tour à Hockenheim. Le pilote évoque surtout l’harmonie entre la voiture et son conducteur, ainsi que la confiance nécessaire pour exploiter le potentiel de l’auto à la limite.
Un discours assez révélateur. Sur une voiture de plus de 1 000 ch, avoir davantage de puissance n’est finalement plus le plus compliqué. Le véritable défi consiste à permettre au conducteur de l’utiliser.

Le V12 reste au centre du spectacle
Il y a aussi une petite ironie dans cette Revuelto SV. Alors que Lamborghini électrifie progressivement sa gamme, c’est précisément une architecture hybride qui permet aujourd’hui au constructeur de continuer à défendre son V12. La Revuelto est la première supersportive hybride rechargeable de la marque équipée d’un douze cylindres, et son architecture associe performances électriques et caractère mécanique traditionnel.
Le résultat est assez différent de ce que l’on pouvait imaginer il y a quelques années. L’hybridation n’a pas remplacé le V12. Elle l’a rendu encore plus difficile à battre.
La SV pourrait pousser cette logique beaucoup plus loin. Lamborghini n’a pour l’instant pas communiqué les caractéristiques définitives de la voiture, et il faudra donc patienter avant de connaître sa puissance, son poids ou ses performances officielles. Les premières informations visibles sur la voiture suggèrent toutefois que l’aérodynamique et le comportement sur circuit auront une importance considérable.
La réponse arrive dans quelques jours
La Lamborghini Revuelto SV sera officiellement présentée le 14 août prochain à The Quail, pendant la Monterey Car Week, en Californie.
Le choix du lieu n’est pas anodin non plus. Lamborghini profitera de l’événement pour multiplier les nouveautés, avec notamment la présentation américaine de l’Urus SE Performante et la Revuelto Miura 60° Homage, créée pour célébrer les 60 ans de la Miura et les 55 ans de la Miura SV.
Mais c’est bien cette Revuelto SV qui risque de concentrer les regards.
Pour l’instant, Lamborghini nous donne seulement un chrono et quelques silhouettes sous camouflage. C’est presque frustrant. Car avec 1 min 41 s 6 à Hockenheim, la question n’est déjà plus vraiment de savoir si cette Revuelto sera rapide. On se demande plutôt jusqu’où Lamborghini a décidé d’aller.







