
Il y avait une forme de risque. Presque un piège. Remettre trois lettres aussi chargées d’histoire sur une voiture électrique, c’est s’exposer immédiatement à la comparaison. Pas seulement avec les concurrentes du moment. Avec des voitures qui appartiennent désormais au patrimoine automobile français.
Une GTi chez Peugeot, ce n’est pas un simple niveau de finition. C’est une histoire qui commence bien avant les écrans numériques, les batteries lithium-ion et les mises à jour logicielles. Une histoire qui renvoie directement à la 205 GTi, celle qui continue de faire grimper les enchères dans les ventes aux enchères quarante ans après son lancement. La nouvelle E-208 GTi arrive donc avec un poids bien plus important que ses 54 kWh de batterie. Et Peugeot le sait parfaitement. Mais l’héritage est revendiqué, puisque la nouvelle venue pose aux côtés de la légende !
Le sujet n’est plus la puissance
Pendant longtemps, les GTi ont dû se battre avec des moteurs modestes. Il fallait composer avec 105, 115 ou 130 chevaux et tirer le maximum d’une mécanique atmosphérique. Aujourd’hui, la question est réglée avant même d’avoir démarré.
Avec 281 ch et 345 Nm, la nouvelle E-208 GTi expédie le 0 à 100 km/h en 5,5 secondes. Ce chiffre aurait placé une sportive compacte premium parmi les références il n’y a pas si longtemps. Même certaines anciennes Peugeot Sport paraissent soudain appartenir à une autre époque. En revanche on peut la situer face à la 508 PSE, qui avec ses 5,2 s sur le même exercice conserve la couronne chez Peugeot !
Le plus frappant reste ailleurs. Peugeot revendique désormais la citadine la plus performante de son segment. Un territoire que convoitent également l’Alpine A290 ou l’Abarth 600e. Les GTi se mesuraient autrefois en cylindrée. Elles se mesurent désormais en kilowatts.

On sent la main de Peugeot Sport
Le danger avec une sportive électrique est connu. Faire un départ arrêté spectaculaire est relativement simple. Construire une voiture capable de donner envie d’attaquer une départementale pendant plusieurs kilomètres est une autre affaire.
C’est précisément là que les ingénieurs de Peugeot Sport ont concentré leurs efforts : voies élargies, caisse abaissée, différentiel autobloquant mécanique, amortisseurs spécifiques, gros freins à quatre pistons. Derrière les chiffres se cache surtout une volonté : rendre la voiture vivante.
Depuis plusieurs années, le groupe Stellantis dispose déjà de la plateforme technique capable d’accueillir des modèles sportifs électriques. Pourtant, Peugeot a choisi d’aller plus loin que le simple ajout de puissance. La présence d’un différentiel mécanique, notamment, rappelle davantage certaines sportives thermiques de caractère qu’une électrique pensée uniquement pour afficher un temps sur une fiche technique. Les pilotes engagés sur le programme endurance de Peugeot auraient même participé aux validations du châssis !
Est-ce que les fans de la dernière 208 GTI accepteront ce virage malgré la hausse de performances ?

Une GTi qui ne cherche pas à crier
En regardant cette E-208 GTi, on remarque rapidement qu’elle n’a pas basculé dans l’exubérance. Les ailes sont élargies, les voies aussi. Les jantes rappellent volontairement celles de la Peugeot 205 GTi. Quelques touches rouges apparaissent ici et là. Puis c’est tout.
Peugeot nous présente aussi un nuancier inspiré de la 205 GTI, mais sans couleur qui revienne directement de cette époque. A la place du Bleu Miami, c’est un tout nouveau Bleu Miramar qui fait son apparition, et qu’on aurait aimé voir dans les photos presse ! Pour le reste les acheteurs auront le choix entre le Jaune Agueda, le Noir perla nera, le Gris artense, le Gris selenium, le Blanc okénite et le Rouge elixir.
Cette retenue est presque surprenante à une époque où certaines sportives électriques ressemblent à des concept-cars tombés par erreur dans la circulation quotidienne. La E-208 GTi reste une 208, et sera agressive dans l’esprit d’une GTI, sans aller dans la surenchère. Mais est-ce que cela sera suffisant pour déclencher le coup de coeur face à une Alpine A290 GTS ?
Le vrai défi commence maintenant
Le prix de départ est fixé à 42 900 euros ( prime non déduite ). Une somme qui aurait semblé totalement irréaliste pour une petite Peugeot il y a quinze ans. Pourtant, le marché a changé. Une Alpine A290 GTS évolue déjà dans des eaux comparables et les compactes sportives thermiques ont depuis longtemps franchi cette frontière psychologique.
Les anciennes GTi ont construit leur réputation avec le temps. Elles sont devenues des références parce qu’elles provoquaient quelque chose chez leurs conducteurs. Une sensation difficile à mesurer, impossible à résumer dans une fiche technique. La nouvelle E-208 GTi possède les performances. Elle possède également une vraie démarche technique derrière son développement.
Reste à savoir si, dans vingt ans, quelqu’un cherchera encore à en acheter une avec la même passion que celle qui entoure aujourd’hui les plus belles 205 GTi.
Les ventes de l’Alpine A290 sont assez encourageantes en ce sens, et dans tous les cas, cette E-208 GTI sera un vecteur d’image.













