
Il aura fallu attendre près de dix ans pour revoir le Tesla Roadster. Et Elon Musk n’a visiblement pas l’intention de faire dans la demi-mesure. Pour cette nouvelle présentation, la sportive électrique annonce un 0 à 60 mph en 0,81 seconde, une vitesse de pointe qui pourrait dépasser les 600 km/h et, plus étonnant encore, des propulseurs empruntés aux technologies de SpaceX. Tesla promet même une version capable de quitter le sol. Un engin totalement hors normes, à la hauteur de l’attente !
Un Roadster qui ne ressemble plus vraiment au premier prototype
Présenté en 2017, le nouveau Roadster devait déjà bousculer les références de la voiture électrique sportive. Depuis, les années ont passé et les promesses se sont accumulées. La production est désormais annoncée pour 2028. Si ce calendrier est respecté, il aura fallu attendre onze ans entre la présentation initiale et le début de la fabrication.
Le projet a changé d’ambition. Tesla ne vise plus seulement les sportives électriques haut de gamme, mais les hypercars capables de rivaliser avec la Rimac Nevera. La différence, c’est que la marque américaine ajoute désormais une bonne dose de science-fiction à sa recette.
L’annonce d’un 0 à 60 mph en 0,81 seconde donne le ton. Cette mesure correspond à environ 97 km/h et placerait le Roadster à un niveau inédit pour une voiture de série. Tesla a présenté une démonstration sur une piste d’essai, mais il faudra attendre des essais indépendants pour connaître les conditions exactes de cette performance. Sur une voiture de cette puissance, le revêtement, les pneumatiques et la méthode de mesure peuvent changer beaucoup de choses.
Elon Musk ne s’est pas arrêté là. Il évoque une vitesse maximale supérieure à 370 km/h, tout en laissant entendre que l’objectif pourrait approcher 610 km/h. Une telle vitesse ferait entrer le Roadster dans un territoire où la résistance de l’air et la stabilité deviennent des problèmes majeurs. À ces allures, il ne suffit plus d’ajouter des chevaux.

Des fusées à l’arrière, et même sous la carrosserie
C’est probablement ce qui distingue le plus cette nouvelle Roadster des hypercars électriques déjà connues. La version Thrust doit recevoir quatre propulseurs à gaz froid à l’arrière. Le principe consiste à expulser de l’air sous pression pour produire une poussée. Tesla annonce une force supérieure à 80 kilonewtons, comparable à celle développée par les moteurs de certains avions.
La version Rocket va encore plus loin, avec des propulseurs supplémentaires répartis autour de la voiture. Lors de sa présentation, Tesla a montré des séquences dans lesquelles le Roadster décolle et effectue des figures en plein air. Les dispositifs électriques doivent ajuster la poussée très rapidement pour contrôler les mouvements du véhicule.
Spectaculaire, évidemment. Mais une voiture équipée de propulseurs capables de la faire décoller pose un problème assez concret : où pourra-t-on réellement l’utiliser ? Pas en France en tout cas.

L’homologation de ces systèmes sur route ouverte paraît loin d’être acquise. Elon Musk a lui-même reconnu que certaines réglementations nationales pourraient empêcher leur utilisation. Une version Performance, dépourvue de ces équipements, serait également prévue. C’est sans doute elle qui intéressera le plus les clients souhaitant conduire leur voiture ailleurs que sur un site d’essai privé.

Deux moteurs et une puissance qui dépasse celle de la Model S Plaid
Tesla annonce deux moteurs électriques développant ensemble un mégawatt, soit environ 1 360 ch. La source britannique exprime cette puissance à 1 340 ch, une différence liée aux unités utilisées. La configuration retenue serait une propulsion, avec les roues arrière motrices.
Ce choix surprend. La Model S Plaid dispose de trois moteurs et d’une transmission intégrale pour exploiter ses quelque 1 000 ch. Sur le Roadster, faire passer une puissance encore supérieure aux seules roues arrière demandera une gestion particulièrement efficace de la motricité.
Sur le papier, les accélérations devraient être foudroyantes. Dans la réalité, il faudra voir comment la voiture se comporte lorsque la chaussée est froide ou humide. Une hypercar ne se juge pas uniquement sur un départ arrêté effectué dans des conditions idéales.
Tesla annonce également une autonomie supérieure à 480 km. La capacité de la batterie n’a toutefois pas été précisée. Difficile, dans ces conditions, de savoir ce que cette valeur donnera lors d’une conduite sportive, où les accélérations répétées et les fortes sollicitations peuvent faire grimper la consommation.

Des ventilateurs pour coller la voiture au sol
Les propulseurs ne sont pas la seule curiosité technique du Roadster. Tesla annonce aussi un dispositif baptisé Multi-Mode Suction System, qui utilise des ventilateurs pour aspirer l’air sous la carrosserie. L’objectif est de créer une dépression et de plaquer la voiture au sol.
La force d’appui annoncée avoisinerait cinq tonnes. Tesla affirme même avoir démontré que le Roadster pouvait rouler à l’envers grâce à ce système, lors de sa présentation sur le site de développement et d’essais de SpaceX au Texas.
Sur circuit, l’intérêt est plus évident. Une force d’appui élevée permet de conserver davantage de vitesse dans les virages. Tesla évoque des accélérations latérales supérieures à 2 g, un niveau comparable à celui rencontré en Formule 1 dans certaines situations.
Le constructeur prévoit plusieurs réglages aérodynamiques, entre un mode privilégiant l’appui et un autre destiné à limiter la traînée. En mode Track, la voiture s’abaisserait également.
Reste à savoir comment tout cela fonctionnera sur une voiture de série. Le système devra être efficace sans devenir trop encombrant, trop lourd ou trop gourmand en énergie. C’est souvent là que les démonstrations technologiques se heurtent aux contraintes de la production automobile.

Un style qui évoque davantage Lotus que Tesla
Le design a lui aussi évolué depuis 2017. La silhouette basse et anguleuse du Roadster rappelle certaines sportives italiennes des années 1970, mais aussi la Lotus Esprit S1 rendue célèbre par le film de James Bond L’Espion qui m’aimait, sorti en 1977. Tesla reconnaît s’être inspiré de cette dernière.
La carrosserie reçoit des projecteurs dissimulés, un bandeau lumineux arrière et un grand aileron déployable. L’ensemble est nettement plus démonstratif que celui d’une Model S, avec une influence aéronautique revendiquée jusque dans les vitrages teintés dorés.
À bord, le constructeur reste fidèle à ses habitudes. L’habitacle se limite à l’essentiel, avec un volant de type manche de pilotage, des sièges très enveloppants, des garnitures en microsuède et un écran central. Deux affichages supplémentaires doivent fournir les informations utiles à la conduite.
Le projet initial prévoyait quatre places. La configuration annoncée est désormais différente : deux occupants dans les versions Performance et Thrust, un seul dans la Rocket, dont le siège serait fixe pour économiser du poids. La structure ferait appel au magnésium, au titane et à la fibre de carbone.

Rendez-vous en 2028, si le calendrier tient cette fois
Le prix reste inconnu. Tesla avait évoqué à l’origine un tarif compris entre 200 000 et 250 000 dollars. Avec les technologies annoncées, notamment les propulseurs de la version Rocket, ce montant paraît désormais bien optimiste.
Le plus difficile reste à faire. Après presque dix ans d’attente, Tesla doit transformer ses annonces en un modèle produit en série, capable de passer les contrôles d’homologation et de tenir ses promesses autrement que lors d’une démonstration.
La version sans fusées sera probablement la plus intéressante à conduire. Quant à la Rocket, elle risque de rester longtemps l’une des voitures les plus extravagantes jamais annoncées. À condition, bien sûr, que Tesla arrive cette fois jusqu’au bout du projet !











