
Pendant que l’industrie automobile empile les SUV, Dacia s’apprête à faire un pas de côté stratégique. La marque roumaine travaille sur un break compact familial, attendu au second semestre 2026, connu en interne sous le nom de code C-Neo. Un projet discret, mais lourd de sens, dans un marché où les breaks compacts ont quasiment disparu des catalogues. Ford a tiré un trait sur la Focus SW, Renault a rangé la Mégane Estate, et Citroën a abandonné toute velléité dans ce segment. Résultat, un vide que Dacia juge désormais exploitable.
Le raisonnement est simple et presque provocateur. Une partie du public européen ne veut plus de SUV, ni de positions de conduite surélevées, ni d’un style jugé trop démonstratif. Ces automobilistes cherchent de l’espace, une ligne plus basse, une meilleure efficience et un prix contenu. Exactement le terrain de jeu historique de Dacia.
Spacer ou C-Neo, un nom qui en dit long sur l’ambition
Officiellement, Dacia n’a encore rien tranché pour le nom de son nouveau modèle. En coulisses, le programme porte la référence C-Neo, avec une déclinaison break identifiée sous un code spécifique. Mais le dépôt récent du nom « Spacer » intrigue. Il évoque clairement l’espace, le voyage, la famille, bref tout ce que doit incarner un break moderne. Un choix logique pour un modèle qui viendrait compléter la gamme entre le Jogger et le Bigster, sans empiéter frontalement sur l’un ou l’autre.
Ce positionnement intermédiaire est d’ailleurs l’un des enjeux majeurs du projet. Dacia marche sur une ligne fine : proposer plus qu’un Jogger, sans menacer le Bigster. Le Spacer devra donc convaincre par sa silhouette, son coffre et son rapport prix/prestations, plutôt que par un discours statutaire.

Un gabarit généreux et une silhouette de break baroudeur
Les premiers prototypes aperçus en phase de mise au point donnent déjà quelques indices. Le futur break mesurerait autour de 4,60 mètres de long, soit un format très proche des références historiques du segment. La plateforme CMF-B, déjà utilisée par le Bigster, permet de contenir les coûts tout en autorisant une belle habitabilité.
Visuellement, le Spacer ne cherchera pas à imiter une Octavia Combi classique. Dacia semble vouloir injecter une dose de caractère baroudeur, avec une garde au sol légèrement rehaussée, des protections de carrosserie et une poupe dynamique marquée par une lunette très inclinée. On est plus proche d’un break “outdoor” que d’un familial strictement routier, une approche cohérente avec l’ADN actuel de la marque.
À bord, aucune révolution attendue mais une continuité assumée. La planche de bord du Bigster servirait de base, avec un écran central de 10,1 pouces et une ergonomie pensée pour la simplicité plutôt que la sophistication. Fidèle à sa philosophie, Dacia misera davantage sur la robustesse perçue que sur les effets de style.
Des motorisations connues, mais un hybride 4×4 très observé
Côté technique, le Spacer devrait reprendre l’essentiel de l’offre moteur du Bigster. On retrouverait le 1.2 TCe mild hybrid 48 V de 140 ch, proposé en essence et en GPL, un choix toujours pertinent dans un contexte de flambée des coûts d’usage. Le bloc hybride 1.8 de 155 ch, déjà connu dans l’alliance Renault, serait également de la partie, avec une boîte automatique orientée confort et sobriété.
Mais la vraie curiosité reste la version 4×4 hybride. Un système atypique combinant moteur thermique à l’avant et moteur électrique sur le train arrière, sans arbre de transmission, géré par une boîte double embrayage. Une solution technique intelligente, moins coûteuse qu’un vrai 4×4 mécanique, mais suffisante pour répondre aux besoins de motricité occasionnelle. Sur le papier, peu de concurrents proposent aujourd’hui ce type de configuration à ce niveau de prix.
En revanche, aucune version 100 % électrique n’est annoncée à ce stade. Un choix pragmatique, qui confirme que Dacia préfère pour l’instant optimiser le thermique électrifié plutôt que de se lancer dans une course à l’autonomie coûteuse.
Un prix agressif pour bousculer les références établies
Le nerf de la guerre reste évidemment le tarif. Les premières estimations évoquent un prix de départ compris entre 20 000 et 25 000 euros. Si ces chiffres se confirment, le Spacer viendrait se placer plusieurs milliers d’euros sous une Skoda Octavia Combi ou une Seat Leon Sportstourer, tout en offrant un gabarit comparable.
Ce différentiel de prix pourrait séduire deux clientèles bien identifiées. Les familles, d’abord, qui veulent de l’espace sans basculer vers un SUV plus cher et plus gourmand. Les professionnels ensuite, à la recherche d’un véhicule rationnel, endurant et fiscalement cohérent. Sur ce terrain, Dacia sait parler aux “gens normaux”, ceux qui regardent encore le rapport entre ce qu’ils paient et ce qu’ils obtiennent.
Un pari risqué… mais parfaitement calculé
Tout n’est pas encore figé. Le nom définitif, les finitions, le volume de coffre exact et la liste d’équipements restent à confirmer. Mais une chose est sûre : avec le Spacer, Dacia ne se contente pas d’ajouter un modèle de plus à sa gamme. La marque tente de réveiller un segment que beaucoup pensaient condamné.
Dans un marché saturé de SUV aux promesses parfois redondantes, le retour d’un break compact simple, spacieux et abordable pourrait bien faire mouche. À condition, bien sûr, que Dacia parvienne à tenir son cap tarifaire. Si c’est le cas, le Spacer pourrait devenir l’une des anomalies les plus intéressantes du marché européen en 2026. Une anomalie typiquement Dacia.
📲 Si vous utilisez Google News (Actualités en France), vous pouvez nous suivre facilement en nous ajoutant : Actu-Automobile sur Google News.






