
Alfa Romeo ne veut pas choisir entre l’électrique et le plaisir de conduire. C’est le message que la marque italienne cherche à faire passer avec le Cuorerosso, un concept-car présenté au Mondial de l’Automobile de Paris 2026. Un coupé 2+2 de 4,70 mètres de long, aux proportions de supercar, qui revendique une approche différente de l’électrification. Mais derrière cette carrosserie rouge sculpturale, l’annonce la plus intéressante est peut-être ailleurs : les futurs modèles de la marque pourront encore recevoir plusieurs types de motorisation, avec la possibilité de retrouver des versions Quadrifoglio.
Le Cuorerosso n’annonce pas directement une nouvelle voiture de série. Alfa Romeo le présente comme un manifeste destiné à orienter ses prochains modèles, aussi bien sur le plan du style que des technologies embarquées. La marque veut montrer qu’elle peut changer sans abandonner ce qui fait son identité. Reste à savoir ce qui survivra réellement au passage à la production.
Le retour d’un coupé dans les ambitions d’Alfa Romeo
Avec ses 4,70 mètres de longueur, 1,98 mètre de largeur et seulement 1,33 mètre de hauteur, le Cuorerosso affiche des proportions particulièrement sportives. Son empattement de 2,93 mètres et son poids annoncé de 1 750 kg donnent une idée de l’architecture imaginée par les designers, même si ces données ne suffisent pas à connaître ses caractéristiques mécaniques définitives.
La silhouette associe les codes d’un coupé Gran Turismo à certains détails de supercar. Le capot plongeant, les ailes marquées et les surfaces continues donnent une impression de mouvement, même à l’arrêt. À l’arrière, la traditionnelle Coda Tronca, cette poupe tronquée chère à l’histoire d’Alfa Romeo, participe à l’efficacité aérodynamique revendiquée par le concept. Le coefficient de traînée annoncé atteint 0,28.
Le dessin fait aussi référence à plusieurs modèles historiques de la marque, notamment la 33 Stradale. Le Scudetto central et le Trilobo, qui organise la face avant autour de la calandre et des projecteurs, sont réinterprétés dans un langage beaucoup plus futuriste. Les poignées de portes disparaissent, les vitrages affleurent la carrosserie et les portes arrière s’ouvrent dans le sens opposé aux portes avant.

L’électrique ne doit pas effacer le caractère Alfa Romeo
C’est probablement le point central de cette présentation. Alfa Romeo entend développer une gamme capable de couvrir plusieurs segments, avec des modèles dont la longueur ne dépasserait pas 4,70 mètres, tout en conservant différentes possibilités de motorisation.
Le constructeur évoque des versions électriques, hybrides rechargeables, hybrides légères et hybrides complètes. Cette stratégie multiénergie doit permettre de répondre à des usages différents sans imposer une solution technique unique à toute la gamme.
Le discours tranche avec celui des marques qui ont présenté l’électrique comme une destination exclusive. Alfa Romeo insiste plutôt sur le résultat : le comportement, les sensations et la relation entre le conducteur et la voiture. La technologie doit servir cette expérience, quelle que soit la motorisation retenue.
Le concept va jusqu’à évoquer une configuration particulièrement ambitieuse : un V6 2.9 litres associé à une hybridation complète, une transmission intégrale Q4 et une boîte automatique à convertisseur de couple. Un arbre de transmission en fibre de carbone est également mentionné. Cette possibilité ouvre la porte à une vision très performante du futur de la marque, mais il ne s’agit pas de l’annonce d’un modèle précis ni d’une fiche technique définitive.
Le symbole Quadrifoglio apparaît d’ailleurs sur le concept. Alfa Romeo entretient ainsi l’idée que ses futures voitures sportives pourront conserver une place importante, même si l’électrification prend davantage de poids dans la gamme.

Une carrosserie rouge pensée comme une sculpture
Le nom Cuorerosso associe le cœur et le rouge, deux symboles que la marque relie à la passion automobile et à la sportivité italienne. La teinte Liquid Ink Red joue un rôle essentiel dans la présentation du concept. Sa base métallisée et son vernis teinté créent des reflets qui passent du rouge intense à des nuances presque noires selon l’angle de vue.
Alfa Romeo explique avoir abordé le projet comme une sculpture plutôt que comme une voiture assemblée progressivement autour de ses composants. Après les premiers croquis, les équipes du Centro Stile sont rapidement passées à la modélisation tridimensionnelle, en travaillant d’abord les volumes sans ajouter les roues, les vitrages ou les éléments lumineux.

Cette méthode devait permettre de trouver les bonnes proportions avant de s’intéresser aux détails. Le résultat repose sur des surfaces qui se prolongent les unes dans les autres, sans multiplier les nervures ou les artifices. C’est ce que la marque appelle la « Bellezza Necessaria », une philosophie qui consiste à éliminer le superflu pour conserver uniquement ce qui sert le dessin, la fonction ou la qualité perçue.
L’idée est séduisante. Elle sera toutefois plus difficile à appliquer intégralement sur un véhicule de série, soumis à des contraintes de fabrication, de sécurité et de coût. Le concept permet au moins de comprendre la direction choisie par Alfa Romeo : moins d’effets décoratifs, davantage de travail sur les volumes.
Un habitacle qui veut remettre le conducteur au centre
À bord, le Cuorerosso reprend la même logique. L’habitacle accueille quatre occupants dans des sièges individuels, avec une console centrale allongée et une planche de bord inspirée de la 33 Stradale. L’objectif n’est pas de multiplier les écrans, mais de limiter les informations à ce qui est réellement utile.
L’élément le plus original est le « Cannocchiale Vivente », une instrumentation capable de passer entre deux configurations. En mode « Immersivo », elle conserve une présentation classique à deux éléments. En mode « Concentrato », les deux instruments fusionnent pour ne former qu’un seul affichage, dans un esprit plus proche de celui d’une voiture de compétition.

Le volant fait lui aussi l’objet d’un travail particulier. Le système steer-by-wire supprime la liaison mécanique traditionnelle avec les roues et transmet les commandes électroniquement. Alfa Romeo prévoit des retours haptiques et acoustiques pour préserver une sensation de contact avec la voiture. Une solution déjà explorée par plusieurs constructeurs, mais dont la réussite dépendra surtout de la précision de la direction et de la confiance qu’elle inspire au conducteur.
La console centrale associe une surface tactile à une molette rotative, un sélecteur de modes et des commandes physiques. C’est un choix intéressant à l’heure où certains intérieurs deviennent presque entièrement dépendants des écrans. Alfa Romeo semble vouloir conserver des commandes immédiatement accessibles, sans renoncer aux possibilités offertes par les interfaces numériques.
Des matériaux travaillés jusque dans les détails
Le rouge se retrouve également dans l’habitacle, où il évolue selon les zones et les modes de conduite. Le nubuck, les surfaces métalliques et les matériaux techniques créent une ambiance qui se veut à la fois sportive et raffinée.
Le concept utilise notamment un cuir régénéré contenant 60 % de déchets post-industriels issus de la fabrication de garnitures haut de gamme. Alfa Romeo cite aussi le travail de Poltrona Frau pour les surfaces en nubuck et évoque des matériaux inspirés de l’univers de la voile de compétition, développés avec Luna Rossa.
La console centrale s’illumine comme une matière en fusion lorsque le système s’active. Les couleurs et les éclairages ne sont donc pas uniquement décoratifs : ils doivent aussi signaler certaines informations et accompagner les différents modes de conduite.
Cette attention portée aux matériaux rappelle que le positionnement premium ne repose pas seulement sur la puissance ou les performances. La qualité des surfaces, le toucher et la manière dont les commandes répondent aux gestes participent aussi à l’expérience. Encore faudra-t-il que ces solutions puissent être reproduites sans faire exploser les coûts sur les futurs modèles.

Ce que le Cuorerosso annonce vraiment
Le concept ne fournit ni calendrier de commercialisation, ni prix, ni autonomie électrique, ni puissance définitive. Son poids de 1 750 kg est communiqué, mais Alfa Romeo ne détaille pas de chaîne de traction précise correspondant à cette configuration. Il serait donc prématuré de le présenter comme le futur remplaçant d’un modèle existant.
Son intérêt se situe plutôt dans les orientations qu’il met en avant : un design moins chargé, une instrumentation qui s’efface quand elle n’est pas nécessaire et une gamme qui pourrait continuer à mélanger plusieurs technologies de propulsion. Le Cuorerosso veut aussi rappeler que le plaisir de conduite peut rester un argument central à l’heure de l’électrification.
Le plus intéressant sera donc de voir quels éléments quitteront réellement ce prototype pour rejoindre les prochaines Alfa Romeo. La silhouette, l’instrumentation et certaines commandes pourraient inspirer les futurs modèles. Pour le reste, le Cuorerosso demeure une déclaration d’intention, avec une idée simple en toile de fond : changer la technologie ne doit pas obliger Alfa Romeo à changer de tempérament.










