
Il suffit parfois d’un levier de vitesses pour comprendre qu’une voiture ne cherche pas à battre un record. Le McL 6GT vient d’être présenté à Monterey avec une idée presque provocante en 2026 : faire d’un futur modèle exclusif une machine où le conducteur devra encore travailler.
Pas de double embrayage ultra-rapide. Pas de changement de rapport au volant. Pas de chasse obsessionnelle au dixième de seconde.
McLaren prépare un supercar à moteur V8 et boîte manuelle. Et forcément, derrière cette décision se cache beaucoup plus qu’une simple nostalgie.
Une McLaren qui regarde franchement dans le rétroviseur
Le nom M6GT n’a pas été choisi au hasard. Il renvoie au premier projet de voiture de route imaginé par Bruce McLaren à la fin des années 1960, à partir de l’expérience accumulée en Can-Am avec la M6A.
L’histoire est assez fascinante. La M6A a participé à l’une des périodes les plus importantes de McLaren en compétition nord-américaine. En 1967, Bruce McLaren et Denny Hulme ont dominé la série Can-Am avec cette voiture, posant les bases d’une domination qui allait largement contribuer à installer le nom McLaren aux États-Unis.
La M6GT devait pousser cette logique plus loin : transformer l’expérience de la compétition en véritable voiture utilisable sur route. Le projet n’a jamais atteint la production envisagée, notamment après la disparition de Bruce McLaren en 1970. McLaren rappelle aujourd’hui que seuls quelques exemplaires ont finalement existé.
Le nouveau McL 6GT ne cherche pas à reproduire littéralement ses formes. Heureusement.
Il reprend plutôt son idée fondatrice : prendre une voiture de passionné et remettre l’homme derrière le volant au premier plan.

Le choix de la boîte manuelle n’est pas anodin
C’est probablement le détail qui fera le plus parler.
Le McL 6GT doit recevoir une transmission manuelle à six rapports, associée à un V8 et à une propulsion arrière. La grille ouverte du levier sera même visible depuis l’habitacle. On est très loin des intérieurs de supercars modernes où l’essentiel des commandes passe par des écrans.
McLaren annonce une approche volontairement physique pour le cockpit. Les boutons et commandes traditionnels auront donc une place importante.
Cela peut paraître presque décalé à une époque où les constructeurs consacrent des fortunes à rendre leurs transmissions automatiques toujours plus rapides. Pourtant, le mouvement inverse existe bel et bien dans le très haut de gamme : certains clients ne veulent plus forcément la voiture la plus efficace. Ils veulent celle qui leur donne quelque chose à faire.

C’est une nuance importante.
Une boîte manuelle n’améliore pas les performances pures. Elle les complique même. Mais elle transforme chaque accélération, chaque freinage et chaque virage en interaction supplémentaire.
Et dans une voiture qui devrait coûter très cher, cette imperfection devient presque un argument de luxe.
Le V8 pourrait être beaucoup plus classique qu’on ne l’imagine
McLaren reste discret sur la fiche technique. Le McL 6GT est encore présenté comme un concept ou prototype et aucune puissance officielle n’a été annoncée.
Une hypothèse paraît toutefois assez crédible : la marque pourrait reprendre une évolution du V8 biturbo de 4,0 litres utilisé par la 750S. Ce moteur développe actuellement 750 ch dans le supercar britannique.
Il faudra évidemment attendre la version définitive avant de parler de chiffres.
Et tant mieux. Car McLaren semble vouloir éviter de faire de cette voiture une nouvelle démonstration de puissance. Le McL 6GT doit inaugurer une famille de supercars exclusifs, davantage orientés vers la rareté, le soin apporté aux détails et l’expérience de conduite que vers la recherche du record absolu.
Le positionnement serait donc assez différent de celui d’une Artura ou d’une 750S. Ces modèles doivent rester des voitures de production capables de rivaliser avec les références du marché. Le McL 6GT semble davantage vouloir devenir un objet de collection que l’on aurait envie de conduire.

Bruce McLaren est présent dans les détails
Le hommage ne s’arrête pas au nom. La signature de Bruce McLaren apparaît sur la vitre arrière et le fameux « Speedy Kiwi » est repris à plusieurs endroits. Ce petit kiwi est devenu l’un des symboles associés au fondateur néo-zélandais de la marque.
Ce choix a du sens. Bruce McLaren n’était pas simplement un patron dont le nom a survécu à sa disparition. C’était un pilote, un ingénieur et un constructeur qui voulait développer ses propres voitures. McLaren rappelle d’ailleurs que la M6A était la première véritable voiture d’usine conçue et construite entièrement en interne par la marque.
Une nouvelle famille très exclusive
La production ne devrait pas commencer avant 2028 et le prix reste inconnu. Il est assez peu probable qu’il soit raisonnable.
Le contexte du marché joue toutefois en faveur de ce type de projet. Ferrari multiplie les créations ultra-personnalisées, Porsche continue de cultiver les séries très limitées et plusieurs constructeurs comprennent qu’une partie de leur clientèle fortunée recherche désormais des voitures différentes plutôt que simplement plus puissantes.
Une boîte manuelle sur un supercar moderne, un V8 thermique, deux roues motrices et des commandes physiques : présenté comme ça, le cahier des charges ressemble presque à celui d’une voiture d’une autre époque, sauf que celle-ci est prévue pour 2028 ! Un cocktail étonnant et forcément bienvenu.







