
Disparu du catalogue depuis 2021, le célèbre 4×4 japonais revient avec une ambition nettement supérieure à celle de ses prédécesseurs. Le nouveau Pajero devient le vaisseau amiral de Mitsubishi et conserve un châssis à longerons, une vraie transmission 4×4 et un diesel, tout en faisant un sérieux pas vers le haut en matière de confort et de présentation. Une recette devenue assez rare.
Mitsubishi vient de présenter officiellement le modèle au Japon, après plusieurs mois de teasing. La production sera assurée en Thaïlande et les premiers marchés servis seront justement la Thaïlande, le Japon et l’Australie. Le constructeur prévoit ensuite un déploiement dans environ 100 pays à partir de 2027, notamment en Asie, en Amérique latine et au Moyen-Orient. L’Europe ne fait pas partie des marchés annoncés pour le moment.
Un nom qui pèse encore lourd
Le Pajero n’est pas n’importe quel ancien modèle ressorti des archives. Lancé en 1982, il a dépassé les 3,29 millions d’exemplaires produits en quatre générations et s’est vendu dans plus de 170 pays. Sa réputation doit beaucoup au Dakar, évidemment, mais pas uniquement. Le Pajero avait réussi quelque chose d’assez rare : être un véritable 4×4 tout en restant suffisamment civilisé pour servir de voiture familiale.
Le nouveau modèle mesure 4,92 mètres de long, 1,925 mètre de large et 1,91 mètre de haut. On n’est donc plus dans le petit baroudeur facile à garer des premières générations. Il reste pourtant relativement raisonnable pour un grand SUV à sept places et, surtout, Mitsubishi a conservé une architecture qui n’a rien d’une simple concession faite au marché.
Le Pajero repose sur un châssis à longerons très rigide. La suspension adopte des doubles triangles à l’avant et un essieu arrière rigide à cinq bras. C’est une configuration qui peut sembler anachronique à côté des SUV modernes à structure monocoque, mais elle prend tout son sens lorsque le véhicule doit réellement travailler hors bitume.

Mitsubishi n’a pas transformé le Pajero en SUV de salon
Le constructeur aurait pu reprendre le nom Pajero et en faire un gros SUV essentiellement routier avec quatre roues motrices pour rassurer sur la brochure. Ce n’est pas le choix retenu. Le nouveau modèle conserve le système Super Select 4WD-II avec quatre configurations, dont une gamme courte et un blocage du différentiel central.
La garde au sol atteint 230 mm et les angles sont suffisamment sérieux pour comprendre que le Pajero n’est pas uniquement destiné aux chemins forestiers du dimanche : 30,4 degrés à l’attaque, 22,6 degrés au ventral et 25,8 degrés à la sortie.
Le système S-AWC vient compléter cette transmission avec un contrôle beaucoup plus fin du comportement de la voiture. Mitsubishi propose sept modes de conduite, dont Gravel, Snow, Mud, Sand et Rock. Ce genre de sélecteur devient presque banal sur les SUV modernes, mais ici il accompagne une mécanique réellement conçue pour fonctionner dans ces conditions.
Et il y a un détail assez révélateur : Mitsubishi a développé une caméra capable de montrer ce qui se passe sous l’avant du véhicule. Lorsque le terrain devient compliqué, le conducteur peut donc visualiser une partie de la zone cachée derrière le capot. Pour un véhicule de près de cinq mètres, ce n’est pas un gadget totalement inutile.

Le diesel de 480 Nm n’est pas là par hasard
Alors que le marché automobile s’éloigne progressivement du diesel, Mitsubishi fait un choix presque à contre-courant. Le Pajero reçoit un 2,4 litres diesel à turbo à géométrie variable capable de fournir jusqu’à 480 Nm, associé à une boîte automatique à huit rapports.
La puissance n’est pas encore communiquée par Mitsubishi dans les informations dévoilées lors de la présentation, ce qui est assez inhabituel pour un nouveau modèle. Le couple, lui, donne une indication sur la philosophie retenue : le Pajero doit pouvoir tracter, grimper et progresser lentement sur terrain difficile sans donner l’impression de forcer.
Ce choix pourrait également avoir beaucoup de sens sur certains marchés où les infrastructures de recharge sont loin d’être aussi développées qu’en Europe.
C’est aussi ce qui rend le Pajero différent d’une bonne partie des grands SUV actuellement commercialisés. Le Toyota Land Cruiser conserve lui aussi cette philosophie de véhicule capable de s’aventurer très loin du réseau routier, alors que de nombreux concurrents ont progressivement privilégié la route, l’hybridation et le confort.

Une montée en gamme assez spectaculaire
Il suffit d’ouvrir la porte pour comprendre que Mitsubishi ne veut plus que le Pajero soit associé uniquement au franchissement.
L’habitacle accueille deux écrans de 14,3 pouces intégrés dans une présentation horizontale. Le constructeur reprend même l’ancien principe des trois compteurs du Pajero avec un affichage numérique baptisé Multi Meter. Il peut notamment afficher l’altitude, la température, la boussole ainsi que les angles de roulis et de tangage.
Le reste de l’habitacle est beaucoup plus contemporain. Le Pajero dispose de trois rangées et sept places, avec une deuxième rangée coulissante sur 150 mm et une troisième rangée annoncée comme suffisamment accueillante pour des adultes. Mitsubishi a également travaillé l’insonorisation, avec du vitrage acoustique sur les portes avant et arrière.
La climatisation automatique est indépendante sur trois zones et les sièges avant et de deuxième rangée peuvent être ventilés. Même la troisième rangée profite d’une attention particulière.
Ce n’est plus le Pajero qui emmenait autrefois ses occupants sur une piste en leur faisant comprendre, à chaque trou, que le véhicule était avant tout conçu pour encaisser.

Le style joue avec les souvenirs sans tomber dans le rétro
Mitsubishi avait un problème de taille avec le design : comment faire revenir un Pajero sans simplement dessiner une ancienne génération avec des phares modernes ?
La réponse passe par quelques clins d’œil assez visibles. Le montant arrière rappelle l’arceau de la première génération, tandis que le motif hexagonal à l’arrière fait référence à l’ancienne roue de secours. La face avant est beaucoup plus massive, avec des projecteurs en forme de T et une calandre qui pourra adopter deux traitements différents.
Le résultat est plutôt éloigné du Pajero que l’on connaissait dans les années 1990. C’est probablement volontaire. Le modèle doit désormais avoir suffisamment de présence pour justifier son statut de haut de gamme Mitsubishi.
Et cette évolution ne s’arrête pas au dessin. Mitsubishi propose même une installation audio Yamaha à douze haut-parleurs, une surveillance panoramique 3D, une assistance MI-PILOT sur autoroute et huit airbags, dont un coussin central entre les occupants avant.
Le Pajero devient donc à la fois plus sophistiqué et plus imposant.

Le vrai sujet sera finalement le prix
Mitsubishi a réussi à conserver une partie de ce qui faisait la personnalité du Pajero tout en lui donnant les attributs attendus d’un grand SUV moderne. C’est déjà beaucoup, surtout à une époque où les vrais 4×4 deviennent de plus en plus rares.
Mais le constructeur japonais n’a pas encore donné le prix du nouveau modèle, et c’est probablement cette information qui permettra de comprendre véritablement son positionnement. Entre un Toyota Land Cruiser, les grands SUV premium et les futurs modèles électrifiés, l’espace n’est pas immense.
Le nouveau Pajero a toutefois une carte que beaucoup d’autres n’ont plus : il ne cherche pas à faire croire qu’il est capable d’aller partout. Sa mécanique, son châssis et sa transmission ont été pensés pour ça.
Reste maintenant à savoir jusqu’où Mitsubishi pourra aller avec cette recette. Et surtout si le Pajero finira par retrouver les routes européennes. Pour l’instant, le constructeur garde cette partie du puzzle pour plus tard.






